RONDEAU
D’un Arlequin,
Oui, je me sens assez hardie,
D’un Arlequin,
Pour endosser le casaquin.
TIERROT,
A coup sûr, vous plairez, ma mie*
Si vous avez l’elfronterie D’un Arlequin.
CLICLINIA.
Qu’est-ce que c’est que cela? Voici un habit de
Crispin.
M. DESBROUTILLES.
Les forains nous ont volé celui-là.
CLICLINIA*
Je veux m’en emparer.
Air : Que Dieu bénisse la besogne.
Je veux m’habiller en Crispin.
(1) Allusion à la Françoise Italienne , comédie en un acte de Legrand, représentée le 5 novembre 17:25, sur le Théâtre-Français. Dans cette pièce, la fille de Legrand joua sous l’habit d 'Arlequin, et imita avec beaucoup d’art l’excellent Thomassin du Théâtre-Italien. Armand y remplit le rôle de Pantalon.
LES COMÉDIENS CORSAIRES
PIERROT
N’exécutez pas ce dessein.
L’habit de Grispin ne sied mie A des actrices d’Italie (1).
M. DESBROUTILLES, examinant un ballot.
Que renferme ce ballot- là? (n lit l’étiquette.) Opéra- Comique. Ventrebleu! voici le trésor! Ouvrons, (n en tire deux ou trois cahiers et lit : ) Le Roi de Cocagne , les Paniers , le Triomphe du Tems , T Impromptu de la Folie (2). Gela sera bon pour nous.
(1) Les comédiens-italiens, voyant que les comédiens-français venaient d’introduire sur leur théâtre un Arlequin , un Pantalon et une Violette, voulurent en avoir raison. Ils donnèrent donc une pièce intitulée l'italienne Françoise , pour l’opposer à la Françoise Italienne de Legrand, et ils y firent paraître un Crispin; mais cette riposte n’eut aucun succès. Romagnési en composa aussitôt une autre, le Retour de la Tragédie , qui fut mieux accueillie. L’auteur y critiquait encore les comédiens-français qui n’avaient pas craint de faire paraître Arlequin sur leur scène.
(2) Ces diverses pièces étaient toutes de Marc-Antoine Legrand, acteur de la Comédie-Française, qui les avait faites dans le but d’enlever les spectateurs aux théâtres de la foire. Elles comprenaient, en effet, comme celles que l’on représentait sur les théâtres forains, des intermèdes de chant, des ballets et des divertissements dont Quinault avait composé la musique. La première, le Roi de Cocagne, avait été jouée à la Comédie-Française, le 31 décembre 1718. La seconde, les Paniers, dont la première représentation avait eu lieu le 25 février 1723, était une critique de cette mode ridicule et incommode prise par les femmes de soutenir leurs robes avec des jupons garnis de baleines; mais cette critique n’empêcha nullement l’usage des paniers, qui atteignirent même une ampleur et une dimension extraordinaires. Le Triomphe du Teins, joué le 18 octobre 1725, était composé d’un prologue et de trois petites pièces en un acte, lesquelles représentaient le Temps passé, le Temps présent et le Temps futur. Ce spectacle n’ayant pas eu tout le succès qu’on espérait, fut remplacé, quelques jours après, dès le 5 novembre 1725, par V Impromptu de la Folie. C’était un ambigu comique, lequel comprenait un prologue et deux comédies. La première avait pour titre : les Nouveaux débarqués; la seconde, intitulée la Françoise Italienne , était celle dont nous venons de parler plus haut.