‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 244 sur 331 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

COLETTE, le Tabellion, son oncle.

COLETTE

Je vous suis bien obligée, mon oncle, de ne m’avoir pas abandonnée dans le voyage que les Amours me forcent de faire ici, sans que je sache pourquoi.

LE TABELLION

Foi de tabellion, je n’en sais rien non plus.

COLETTE

Air : Non, non, je ne me connais guère.

Non, non, je ne le connois guère,

Cet enfant qui règne à Cythère.

LE TABELLION

Ce petit dieu n’est qu’un vaurien.

Oh ! pour moi, je le connois bien.

Il m’a joué -de bons tours.

COLETTE

Cela est vrai. Tenez, par exemple, il n’a jamais voulu vous donner le cœur de ma tante.

LE TABELLION

Tu as raison, Colette. Ta tante, avant notre mariage, a bien fait la rétive.

COLETTE

Air : Je suis la fleur des garçons du village.

Elle fuyoit votre ardeur méprisée,

Sans la payer d’aucun retour.

LE TABELLION

Oui, mais je l’ai bravement épousée,

En dépit d’elle et de l’Amour.

SCI'] NE VI.

COLETTE

Le receveur de la dame de notre village a eu bien mal au cœur de ce mariage-là.

LE TABELLION

Oui, parbleu. Il m’en a voulu pendant quelques jours ; mais heureusement le tems l’a guéri. Il s’est fait une raison. Il m’accable d’amitiés, et ne sauroit passer un jour sans venir chez moi.

COLETTE

C’est un bon enfant ; il ne garde point de rancune.

le tabellion.

Mais, dis-moi un peu, ma nièce, puisque les Amours t’ont forcée de venir à leur revue, il faut bien qu’ils aient quelque hypothèque sur ta personne.

COLETTE

Aucune... Je suis trop prévenue contre eux.

Air : Je me ris, je me ris , je me ris d'eux.

Souvent je vois des amans,

Qui se parlent de tendresse ;

Ils ont peu d’heureux momens,

Ils se querellent sans cesse.

Je me ris, je me ris, je me ris d’eux :

L’amour est une faiblesse.

Je me ris, je me ris, je me ris d’eux :

L’amitié borne mes vœux.

LE TABELLION

C’est fort bien fait à toi. L’amitié vaut mieux que l’amour. C’est sans doute pour Lisette que tu gardes la bonne amitié ?

COLETTE

Oui, j’aime fort Lisette . mais il me semble que

j’aime encore davantage mon cousin Léandre.

LES AMOURS DÉGUISÉS

LE TABELLION, branlant la têle.

Hon ! lion !

COLETTE

Oh ! ne croyez pas pour cela que j’aie de l’amour pour lui.

LE TABELLION

Mais pourquoi as-tu plus d’amitié pour lui que pour elle?

COLETTE

Je n’en sais rien.

LE TABELLION

Je le devine bien, moi. C’est que Léandre est un jeune officier, lieutenant de sa compagnie, qui a un plumet rouge, une cocarde blanche. Oli ! dame ! tout cela échauffe bien l’amitié dans le cœur d’une fille.

COLETTE

Air : Attendez à demain, mon voisin.

Il est vrai que je l’aime Comme on aime un cousin.

LE TABELLION

Il en use de meme Pour couvrir son dessein.

Ah ! morbleu qu’il est fin Le cousin !

Ah ! morbleu, qu’il est fin.

COLETTE

Vous vous trompez, mon oncle.

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