‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 279 sur 331 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

Arlequin à Constantinople !

Air : O reginguè, ô Ion lan la.

Que de le voir je suis surpris !

Hé ! je te croyois à Paris,

O reginguè, ô Ion lan la!

Rasant toujours dans la boutique,

Où j’allois porter ma pratique.

ARLEQUIN

J’y serois encore, mon cher, sans certaine petite aventure de perruques égarées. Mon maître m’en voulut rendre responsable. Nous eûmes là-dessus une vive contestation. Nous prîmes pour arbitre le lieutenantcriminel qui, pour prévenir toute voie de fait entre les parties, voulut nous séparer. Il condamna mon maître à demeurer dans sa boutique, et m’envoya, moi, à Marseille, par la voiture de la Tournelle (1).

PIERROT, faisant l’action de ramer.

Et avez-vous été longtems à Marseille?

ARLEQUIN

Cinq ans, ma foi. Après quoi, je m’embarquai sur un

(I) C’est-à-dire par la voiture qui partait du château de la Tournelle, situé à l’extrémité du quai de ce nom, près de la porte Saint-Bernard. C’était à la Tournelle que, depuis 1632, l’on gardait très-étroitement les galériens , jusqu’à leur départ pour Brest , 'foulon ou Marseille. D’abord ils y vécurent seulement des aumônes publiques ; mais, en 1639, un bienfaiteur anonyme laissa en mourant six mille livres de rente, pour aider à nourrir et à soigner les condamnés. Cet exemple ne tarda pas à être suivi, et bientôt le revenu de la Tournelle put suffire à tous les besoins des pauvres condamnés aux galères. Quand on avait un nombre suffisant, de ces condamnés, on vidait les prisons ; en enchaînant ces malheureux les uns à la suite des autres, on formait ainsi ce qu’on appelait la chaîne , que l’on conduisait avec une for te- escorte d’archers, soit à Marseille, soit vers toute autre ville du littoral, pour le service des galères du

roi.

ACHMET ET ALMANZINE.

vaisseau marchand, en qualité de barbier major, et je vins chercher fortune en cette ville.

PIERROT

ha mienne est déjà bien avancée.

Air : Les cordons bleus.

Tu sauras qu’à Paris, dans le tems Que j’étois sur la scène lyrique,

Je connus de bons mahométans,

Amateurs de françoise musique.

M’ayant fort vanté ce pays-ci,

Ces gens m’emmenèrent Et me présentèrent Au fameux vizir Amulaki,

Dont ma belle voix fait le favori.

ARLEQUIN

C’est ce que j’ai appris tantôt d’un de nos François. Je viens t’en féliciter, et t’apprendre en même tems que, si tu t’es poussé par la voix, moi je me suis poussé par la figure.

pierrot.

Comment cela ?

ARLEQUIN

Am : Quand la mer Rouge apparut.

De la veuve d’un pêcheur,

Fringante et badine,

Ayant amorcé le cœur,

Par ma bonne mine.

Et de plus pris le turban,

Chez elle, depuis un an,

Je suis le pi, pi,

Je suis le lo, lo,

Le pi, pi, le lo, lo,

Je suis le pilote De sa galiole.

' ACTE f, SCÈNE Vif.

PIERROT

Je m’en réjouis, mon enfant.

Je pêche ordinairement le long des murs du sérail, sous un grand balcon que l’on voit au bout d’une galerie, et où il vient souvent des sultanes et quelquefois le grand seigneur.

PIERROT

La pêche est donc bonne dans cet endroit-là ?

ARLEQUIN

Malepeste ! si elle est bonne ! J’y pêche de l’or, des perles et des diamans.

^PIERROT

Quel conte me fais-tu là?

ARLEQUIN

Je te parle sérieusement ; et je vais te dire de quelle manière je me suis mis en possession de cette pêcherie.

Am : Du Banquet des sept sages.

Un soir, au clair de la lune,

En préparant mes lilets,

Satisfait de ma fortune,

Je chantois quelques couplets,

Des Mirliton , des Lanlaire,

Des Flon-flon, des Lanturelu ,

Et des Vogue la galère ,

Lorsque je me crus perdu.

Qu’arriva-t-il donc?

arlequin.

J’entendis tout à coup de grands éclats de rire, qui partoient du balcon. Oui ! Aussitôt je me tais, et, plein

ACHMET ET ALMANZINE.

de frayeur, je prends mes rames, et me mets en devoir de tirer promptement mes chausses de cet endroit-là.

PIERROT

Et toi, fin !...

ARLEQUIN

Mais une grosse voix se fit entendre (c’étoit celle du sultan), qui me dit : Demeure, pêcheur, demeure ! continue à nous réjouir. Moi, je recommençai et croyant encore mieux faire,

Am : A/i ! /Robin, tais-toil

En rossignol d’Arcadie,

J’entonne un dolent morceau D’un bel opéra nouveau ;

Mais une femme me crie :

Ah ! pêcheur, tais toi !

Et fi, fi, et fi, fi,

Finis, je t’en prie,

Ton air de convoi.

PIERROT

Tu repris bien vite tes vaudevilles?

ARLEQUIN

Bien entendu. Et quand j’eus achevé de chanter, pouf! il tomba dans mon bateau une bourse pleine.

PIERROT

Tête-bille !

ARLEQUIN

Dès le lendemain, je retourne au même endroit; je chante des Brunettes...

PIERROT

Et pouf!

ARLEQUIN

Oui, j’entendis tombera mes pieds un paquet.

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