SCÈNE I
ACHMET, ALMANZINE, un mouchoir à la main.
ACHMET
Air : L’autre nuit j’aperçus en songe.
Ali 1 que venez-vous de m’apprendre ?
Le sultan, pressé de ses feux,
Dès cette nuit veut être heureux !
ALMANZINE.
En vain, je voudrai me défendre ;
Il croira me faire sa cour,
En se livrant à son amour.
ACHMET
L’horrible conjoncture !
ALMANZINE.
Comme j’ai flatté sa passion, sa délicatesse ne se fera point un scrupule de vaincre ma résistance par la force.
ACHMET
C’en est fait ; vous allez combler ses vœux !
ALMANZINE.
Air : L’autre jour, ma Chloris .
Ce soupçon m’offense.
* Sachez que j’ai dessein,
S’il me fait violence,
De me percer le sein.
ACHMET ET ALMANZINE.
Je perdrai plutôt le jour,
Que de trahir notre amour,
ACHMET
Am : L’amour est ma maladie.
A votre dessein funeste,
Mon désespoir applaudit.
C’est le seul parti qui reste A l’amour qui nous unit.
Délivrons-nous d’esclavage ;
A Soliman faisons voir Que nous avons un courage Qui surpasse son pouvoir.
ALMANZTNE.
Air : Contre un engagement.
Quand mon cœur se promet Des jours dignes d’envie,
Faut-il donc, cher Achmet,
Que je vous sois ravie !
Dieux ! quelle tyrannie !
O sort trop inconstant !
Le bonheur de ma vie N*a duré qu’un instant.