ACTE III, SCÈNE If
ALMANZINE, soupirant.
Ouf!
ACHMET. '
Air : J’ai passé deux jours sans vous voir.
Nous sommes perdus, mon enfant !
Pour nous plus d’espérance.
PIERROT
Le grand seigneur a-t-il eu vent De notre manigance ?
ACHMET
Je perds Almanzine, ce soir!
PIERROT
Elle a donc reçu le mouchoir?
C’est ce qui nous désespère.
PIERROT
Air : Attends donc, Colin, tu me blesses. Éloignez de vous la tristesse.
Dans ces lieux vous ne serez pas longtems. Ah ! ah ! ah ! je prétends Vous enlever à Sa Hautesse.
Ah ! ah ! ah ! je prétends Vous sauver dans quelques instans.
ACHMET
Ah ! Pierrot, es-tu fou ?
La chose n’est pas possible.
Ah ! Pierrot, es-tu fou ?
Comment sortir, et par où ?
PIERROT
Non, non, non, seigneur Achmet, Vous verrez que mon projet Est infaillible.
ACHMET ET ALMANZINE.
ACHMET et ALMANZINE.
Ali ! Pierrot, es-tu fou ?
Gomment sortir, et par où ?
Donnez-vous la patience de m’écouter... Après la fête que le sultan a donnée tantôt, je suis demeuré seul au balcon, d’où j’ai aperçu un pêcheur de mon pays et de ma connoissance, nommé Arlequin. Je l’ai appelé.
Air : Pierrot revenant du moulin.
A ma voix, il m*a reconnu (Ms.)
Et m’a crié comme un perdu :
Pierrot !
J’ai dit : Paix ! ne dis mot ;
Ne nomme point Pierrot.
Arlequin, ai-je fait tout bas, veux-tu faire ta fortune? — Belle demande, de quoi s’agit-il ? — La nuit approche, lui ai-je dit. Vas vite chercher une échelle et des cordes, et reviens sous ce balcon. Je ne t’en dis pas davantage. Mais peut-on compter sur ta parole ? Voici ce qu’il m’a répondu :
Ain : Amis, sans regretter Paris.
Me prends-tu donc pour un coquin ?
Oui, mon cher, ou je meure,
Tu retrouveras Arlequin,
Ici dans un quart d’heure.
ALMANZINE.
O ciel ! puis-je croire ce que j’entends?
ACHMET
Bon ! ce pêcheur fera des réflexions : il ne reviendra pas.
Vraiment ! il est déjà revenu, et m’a tendu, avec une longue perche, une échelle de cordes que je viens d’attacher aux barreaux du balcon.