SCÈNE X
SOLIMAN, ATTALIDE.
SOLIMAN
Air : Plus inconstant que l’onde et le nuage.
De vos appas connoissez la puissance.
Votre triomphe, Attalide, est parfait.
Votre père en vain m’offense,
En vain, je vois son forfait,
Et l’insolence Du jeune Achmet.
L’amour qui, dans mon cœur,
Subitement a pris naissance,
N’y laisse point de place à la fureur.
ATTALIDE, étonnée.
Qu’entends-je !
SOLIMAN
Apprenez leur crime... Je vous ai demandée à votre père : il m’a produit une esclave sous votre nom. J’ai reconnu sa tromperie ; je lui ai pardonné, et il a eu la hardiesse de me tromper une seconde fois, en m’envoyant son fils sous vos habits.
486 ACHMET ET ALMANZINE.
ATTALI DE.
0 dieux !
Air : Si ma Philis vient en vendange.
Vous voyez bien que ma justice Devroit punir leur trahison.
Votre déguisement demande leur supplice ;
Mais vos beaux yeux demandent leur pardon.
ATTALIDE, confuse.
Est-ce à moi que mon sultan, mon maître, adresse ce discours ?
SOLIMAN
Air : Viens, charmante Annette.
Oui, beauté charmante.
En vous, tout m’enchante :
De vous j’ai fait choix, Pour me donner des lois.
Régnez dans mon âme, Partagez ma flamme :
Vous serez toujours L’objet de mes amours.
ATTALIDE.
Hélas !
SOLIMAN
Vous soupirez !
Air : Quand je vous ai donné mon cœur.
Belle Attalide, ce soupir Alarme ma tendresse ;
Est-il causé par le plaisir,
Ou vient-il de tristesse ?
Parlez, décidez de mon sort :
Donnez-moi la vie ou la mort.