‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 91 sur 331 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LE GR AND-PRETRE, à part, après l’avoir regardé.

Air : O reguingué, ô Ion lan la.

Ce drôle paroît insolent.

LE COMÉDIEN, à part.

Il admire mon air galant.

Faisons bien valoir le talent.

Ici mettons en étalage Nos meilleurs airs.

(Il grimace.)

LE GRAND-PRÊTRE, à part.

Quel personnage !

LE COMÉDIEN, haut.

Sachons pour qui vous me prenez.

LE GRAND-PRÊTRE

Pour un marquis des mieux tournés,

O reguingué, ô Ion lan la.

LE COMÉDIEN

Je suis quelquefois davantage.

Vous ne m’entendez pas. je gage.

LE GRAND-I’RÊTRE.

Air : Pour passer doucement la vie.

Comment pourrois-je vous entendre ?

LE COMÉDIEN

Je suis tout, et je ne suis rien.

LE GRAND-PRÊTRE

Oh! oh! je commence à comprendre.

N’êtes-vous pas comédien?

LE TEMPLE DU DESTIN

LE COMÉDIEN

Justement.

Air : Comme un coucou que V amour presse.

Je suis un acteur de province ;

À Paris, je vais débuter.

LE GBAND-PRÊTRE, à part.

Il a la figure un peu mince,

(Haut.)

Vous allez là tout enchanter.

LE COMEDIEN, prenant du tabac dans une tabatière d’or.

Je m’en flatte.

LE GRAND-PRÊTRE

Air : Réveillez-vous , belle endormie.

Ali ! quelle riche tabatière !

LE COMEDIEN , la lui donnant à examiner.

Hé ! mais l’ouvrage en est parfait.

Gonsidérez-en la charnière.

Ce n’est pas un colifichet.

LE GRAND-PRETRE, lui rendant la tabatière.

Air : Je ne suis né ni roi, ni prince.

C’est un présent de quelque femme?

LE COMEDIEN, souriant d’un air vain.

Il me vient de certaine dame....

Un beau garçon, des mieux bâtis,

Et dont on court l’adolescence,

Ne donne pas son tems gratis.

LE GRAND-PRÊTRE

Vous voulez, du moins, qu’on le pense.

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