‹ Théâtre de la jeunesseChapitre 17 sur 92 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

GERTRUDE, achevant de compter du linge placé dans le r.euble à gauche; madame ROBIN écrivant, à son bureau à droite, ce que Gertrude dicte.

MADAME ROBIN

Cinquante-sept paires de draps... J'ai écrit, Gertrude.

C'est tout, madame; voilà l'inventaire de la défunte echevé... Maintenant les héritiers peuvent venir.

MADAME ROBIN

Comme exécutrice testamentaire, je leur ai écrit, et je les attends aujourd'hui à Montargis.

GERTRUDE

Cette brave madame Pâturai, tant qu'elle a vécu on l'a laissée toute seule; on eût dit qu'elle n'avait pas de famille; la voilà morte, et tout de suite il s'en présente

une!

MADAME ROBIN

C'est tout simple, ma bonne; on n'a point de parents et on a des héritiers ! Rappelez-vous, d'ailleurs, que ma pauvre amie était une paysanne. Le hasard l'avait fait connaître à M. Pâturai pendant la révolution, et elle lui rendit de tels services, qu'il ne crut pouvoir s'acquitter qu'en l'épousant.

GERTRUDE

Comme mon pauvre défunt, le tambour -maître u 45e.

MADAME ROBIN

A la différence que la famille de votre mari ne regarda on choix co^me une mésalliance, tandis que celle de M. Pâturai ne lui pardonna jamais.

GERTRUDE

C'étaient donc de bien grosses gens ?

MADAME ROBIN', m

Vous les verrez aujourd'hui. Il y a d'abord mada.^8 f'e Rocencoèï qui arrive d'Orléans...

Ah I je la connais, celle-là ! c'est, comme on disait au régiment, une vieille marquise de Carabas...

MADAME ROBIN

Dont le marquisat est aussi authentique que celui du meunier dans le Chat botté.

GERTRUDE

Comment! c'est un titre de contrebande?

MADAME ROBIN

Qu'elle doit à un vieux château acheté par son mari. Ln véritable noblesse n'a point cette vanité ridicule; les titres sont des ornements qu'elle sait porter parce qu'elle en a l'habitude. Il y a aussi madame de Lorieux... une Parisienne du monde élégant, qui fait de ies toilettes et de petits vers.

GERTRUDE

Comme le trombone du 45e! un muscadin fini, qui portait des boucles d'oreille et qui parlait en rimes. Eh bien ! en v'ià des particulières dont auxquels on devra parler avec des mitaines à quatre pouces ! (confidenneiien«nt.) Dites donc, madame, faudra peut-ê're pas leur dire que j'ai servi comme vivandière?

MADAME ROBIN, se:

Cela \ous sera difficile; vous avez conservé tant de souvenirs de vos camoagnes 1

Aht c'est vrai. Dix-huit années de guerre! et de lo rude, ou peut dire: le froid, la fatigue, la faim avec tout le tremblement! mais c'était près de mon pauvre François, voyez-vous. En nous mariant, le curé avait dit que rien ne devait séparer ce que le bon Dieu avait uni ! aussi j'aurais suivi mon maître tambour dans les dix parties du monde 1

MADAME ROBIN

Je connais mieux que personne votre courage et votre dévouement, ma chère Gertrude.

GERTRUDE

Madame est bien bonne; c'était mon devoir; et, comme a dit un colonel des anciens temps : Fais ce que dois, et vienne que poussera. — A propos, madame n'a pas décidé s'il fallait astiquer la batterie de cuisine.

MADAME ROBIN

Nous verrons plus -tard. Achevez de ranger ici; jo vais continuer l'inventaire.

GERTRUDE

Bien, mon commandant.

(Madame Robin sort par la seconde aorte à gjac-;.;

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