SCÈNE PREMIÈRE
FELICITE, lisant, ROSETTE, cousant, assise sur une chaise basse, PÉRINE, filant au fond, près de la fenêtre.
FÉLICITE, lisant haut, d'an ton sentencieux.
« L'homme philosophe ne dépend que dp. ses principes : il ne se laisse pas plus maîtriser par la bonne ou
t. Le» noms des personnages sont inscrits, en tête de chaque scène, dans l'ordre où les personnages eux-mêmes doivent être placés relati- Tement au spectateur. Le premier inscrit est à la gauche dnspectat ur, le second Tient ensuite, et les changements de position sont indiqués par des notes'. Toutes les indications de mise en scène sont données de U place où se trouvent le» ipectateua»
par la mauvaise fortune que le rocher par la vague re* ternissante de l'Océan. » Que cela est vrai et bien dit!
ROSETTE
Ah! ma cousine, êtes-vous heureuse d'avoir été instruite par le vieux professeur qui logeait chez votre tante, et d'avoir appris à vous amuser an lisant ces gros livres qui me font bâiller, moi, rien qu'à les regarder!
Ce n'est pas seulement du plaisir que j'y trouve, ma chère, c'est le moyen de me mettre au-dessus des faiblesses humaines, d'être toujours juste, sage, raisonnable, modérée, dans mon humble position.
ROSETTE
Ah I ma cousine, il me semble que vous n'avez | à vous plaindre de votre position! être propriétaire i meilleure auberge de Molbron...
PÉBINE.
Je crois bien que c'est la meilleure ! il n'y en a pas d'autre, et comme on dit, dans le royaume des aveugles...
FÉLICITÉ, l'interrompant.
Ah ! ma chère Périne , vous voilà encore avec vos proverbes!
PÉRINE
Dame 1 mam'zelle, ce sont mes gros livres à :uoi.
ROSETTE
Si M. Toffer était ici , il vous appellerait encore h filleule de Sanclio Pança.
PÉRINE
Je m'en embarrasse bien de votre M. Toffer, un commis-voyageur en loterie, qui veut toujours vous faire acheter des billets... et qui a forcé mademoiselle à en prendre un.
Ah! à propos, ma cousine, je l'ai retrouvé; le voici.
(Elle prend dans sa corbeille à ouvrage un billet qu'elle apporte Félicité.)
FÉLICITÉ , prenant !e billet.
Merci, Rosette.
ROSETTE, souriant.
Si vous alliez pourtant avec ça gagner le gros lot, la baronnie de Cracofmann! devenir une grande dame!
FÉLICITÉ
Cela ne changerait rien à ce que je suis, ma chère; riches ou pauvres, les homme sont égaux; et quand on a des principes...
PÉRINE
Oui, oui; mais il y a un proverbe qui dit que quand le veau a fait fortune, il veut qu'on l'appelle M. le bœuf.
FÉLICITÉ
Et vous en concluez que mon caractère changerait avec ma position?
PÉRINE
Dame! mam'zelle, c'est dans la nature... moi-même, voyez-vous, quand je vas à la ville sur le vieil âne Grison, je veux qu'on me fasse place, et je regarde les piétons comme rien du tout, tandis que quand je suis à pied je bougonne tout bas contre ceux qui se font porter. C'est dans notre pauvre nature d'être fier avec ceux qui sont plus bas, et de jalouser ceux qui se trouvent plus haut : Faut pas, comme on dit, que le toit du voisin dépasse notre grenier.
FÉLICITÉ
Parlez pour vous, Périne, et non pour ceux qui oni des principes! Quant à moi, je déclare que je n'c.i ni jalousie ni fierté. J'estime les gens à leur valeur et non d'après leur fortune ou leurs titres!
ROSETTE , cm est elles à la porte du fond.
Ah! ma cousine, voilà un équipage qui s'arrête devant la cour.
FÉLICITÉ, se levant TiTemect.
Un équipage! Il nous arriverait des voyageurs en équipage !
ROSETTE
II en descend une belle dame en dentelles et en falbalas !
FÉLICITÉ
Vite, vite, rangez tout ici...
(Elle range la chaise sur laquelle elle était assise.) ROSETTE , toujours à la porte du fond.
On vient de l'appeler madame la marquise.
FÉLICITÉ
Une marquise! je vais à sa rencontre.
PERINE, à part, ironiquement.
Pour prouver qu'elle ne fait attention ni aux titres ni à la fortune. Oh! pauvre espèce humaine; c'est toujours la même chose! Comme dit le proverbe : Jfun sac à charbon en ne peut pas tirer de farine.
(Elle sort par la dioite.)