SCÈNE VII
EMMA, Madame NOIROL, puis FANCHETTE.
MADAME NOIROL va au lit, qu'elle dispose, (a part.)
Nous verrons jusqu'où elle poussera la dissimulation. Pour que la leçon lai profite, il faut qu'elle soit complète.
FANCHETTE entre par la porte de gauche sans toit madame Noirol. Ah!... mam'selle Emma... 1 (Elle court à elle et lai dit à .knu-
Toix.) J'ai retrouvé le livre d'images I
EMMA , du même ton.
Que dis-tu?
FANCHETTE
Oui, il était dans une touffe de noisetiers.
EMMA
Tais-toi t
l. Emma, Fanchette, madame Noi*ol.
FANCHETTE
Je l'ai caché au fond de mon panier, il est là dans le petit salon... (Apercevant madame Noiroi.) Ma marraine!
MADAME NOIROL.
Tu arrives à propos, petite, tu vas m'aider à mettre Emma au lit...
FANCHETTE
Mam'selle est malade ?
MADAME NOIROL.
Tu le vois bien... aide-la à quitter sa robe
FANCHETTE, 6tant la robe d'Emma.
Oh! queu malheur, mam'selle t M. Durosoir qu'est là... avec mem'selles Durosoir... et le jeune Durosoir...
et les CheVaUX DurOSOir... (Emma fait un geste d'impatience que Fanchett* prend pour un mouvement de douleur.) Je VOUS ai fait mal,
mam'selle ?
EMMA, avec humeur.
Non.
FANCHETTE
Et ils SOnt Si pimpants... (Regardant à travers la porte vitrée qui
donne dans îe jardin.) Tenez, tenez, regardez mam'selle Rose qui court après un papillon... Vlà qu'elle va l'attraper... Non, il eSt parti... (On entend au dehors des éclats de rire.)
Cutendez- vous comme ils s'amusent?
EMMA, avec impatience.
Mais tirez donc la manche.
FANCHETTE , achevant d'ôter la robe d'Emma.
Vlà, mam'selle, v'ià... avez-vous vu le joli canezou qu'avait mam'selle Rose?... c'est-il frais et coquet!... — Voici voire casaquin de lit, mam'selle... (mie passe h feanieau de nuit à Emma.) Et puis elle avait un chapeau qui faisait plaisir à voir avec ses beaux rubans cerise... — Vlà votre bonnet de nuit... — Et dire que vous auriez pu être comme ces demoiselles, sans votre maladie.
EMMA, impatientée.
C'est bon !
(Elle va vers le lit; Fanchette, étonnée de son mécontentement, la re- .•îrde i.)
MADAME NOIROL, à Fanchette, à demi-voix.
Il faut pardonner à Emma sa mauvaise humeur, ma chère Fanchette, ce sont les nerfs t
FANCHETTE , mjstérieusement.
Ah!... ça fait donc bien mal, ma marraine?... Nous autres, à la campagne, nous ne connaissons pas ça, les
nerfs ! (A part, tandis que madame Soirol va couvrir d'an édredon Emma, qui
«•est couchée.) Y paraît que c'est une maladie des demoiselles comme il faut.
MADAME NOIROL, à Emma.
Là, reposez bien, ma fille; si vous avez besoin de quelque chose, Fanchette avertira... Moi je vais servir la collation à nos hôtes, (a Fanchette.) Et toi, petite, tu descendras tout à l'heure à l'office pour goûter.