SCÈNE VIII
FANCHETTE, EMMA, couchée.
FANCHETTE , joyeusement.
Non, que j'y manquerai pas !... J'ai vu trop de bonnes choses tout à l'heure sur le buffet, (a Emma, d'un ton de «nedence.) Oh I il y avait surtout, mam'selle, un gros gâteau qu'avait la forme d'un pigeonnier.
EMMA , se levant sur sou séant.
Avec une cheminée ?
FANCHETTE
Et des amandes en gu;se d'ardoises.
EMMA. , fnppant ses mains l'une contr» ViZlrt,
C'est une tourte aux prunes.
FANCHETTBo
Ça doit être bien bon !
EMMA, K"-e sentiment.
0ht oui, bien boni
FANCHETTE
Et ma mère qui avait peur que je ne rencontre pas ma marraine et qui m'avait fait apporter un chiffon de
pain pOUr gOUter. (Elle tire de sa poche un morceau de pain noir qu'elle
pose sur le guéridon.) Ça sera pour le premier pauvre que je trouverai.
EMMA , d'une voix plaintive.
Est-ce que la collation est commencée, Fanchette?
FANCHETTE , allant voir à la porte vitrée 4 gauche.
Oui, mam'selle... Ils sont tous à table... Oh! c'est oeau à voir... y a de tout, mam'selle... des gâteaux, mam'selle... des fraises, mam'selle... de la crème, mam'selle... des confitures, mam'selle!...
EMMA , qui se redresse de plus en plus dans son lit, à chaque friandise nommée par Fanchette*
Et la tourte, Fanchette ?
FANCHETTE
Ils finissent de la manger, mam'selle... (Emma se îai».
retomber avec un air d'abattement. Fanchette revient vers elle.) Ah ! C'eSt-V
donc malheureux que pour une si bonne occasion vous ayez pas d'appétit !
EMMA, à demi-voix.
Mais au contraire.
FANCHETTE
Ah bah! c'est-y possible ?
EMMA
Tu sais bien qu'en revenant du bois j'avais si faim...
FANCHETTE
C'est pourtant vrai... (Avec conTktion.) Alors, mam'selle, faut pas manger!
EMMA
Pourquoi cela?
FANCHETTE
Parce que cette faim-là, voyez -vous, c'est un mauvais signe.
EMMA, étonnée.
Un mauvais signe?
Oui, c'est un effet de la maladie.
EMMA
Mais puisque je sens que je me porte bien.
FANCHETTE , avec conviction.
Encore une suite de la maladie, mam'selle !
EMMA , impatientée.
Mais non, mais non; je te dis que je n'ai rienl
FANCHETTE
Toujours par rapport à la maladie; on ne se connaît
paS SOi-même, VOyeZ- VOUS... (Emma fait un mouvement de dépit.)
Allons, ne vous fâchez pas, mam'selle, et dormez un peu pour vous distraire.
COMME ON FAIT SON LIT ON SE COUCHE. Ui
JAVOTTE appelle du jardin.
Fanchette! Fancheae t
FANCFETTE.
A*l! 011 m'appelle... (Elle regarde par la porte Titrée.) C'est Ja-
votle. (Faisant »gne.) On y va, on y va... mam'selle n'a besoin de rien ?
EMMA
Non!
(Elle s'enfonce sous scd oreiller.)
JAVOTTE. au dehors.
FANCHETTE, répondant.
Me voilà ! (a Emsa.) Je dirai à mam'selle quel goûl a^aiî la tourte.
(Elle sort en courant.)