SCÈNE'XII
LES MÊMES, URSULE avec un saladier.
URSULE
Ah! mademoiselle, mademoiselle, au secours!
EUGÉNIE, wrri
Qu'y a-t-il?
LA VIEILLE COUSIN
Qu'est-ce que c'est t
URSULE
Mon lie flottante s'en va mon île flottante est
perdue !
Oh! vous m'avez fait une peur!...
URSULE
J'ai pourtant suivi la recette, mademoiselle! voyez; il y a six pommes, cuites à l'eau bouillante, quatru blancs d'œufs; j'allais mettre le reste...
LA VIEILLE COUSINE
Mais, au lieu de parler, occupez-vous donc de battre...
(Elle prend le saladier et bat les œnfs.) URSULE.
Ah! voilà!... j'ai un peu causé avec Baptiste. C'est peut-être ça qui est cause...
L*. VIEILLE COUSINS
Vite, les autres ingrédients !
URSULE
Tout de suite.
(Elle sort en courant par la droite.)
LA VIEILLE COUSINE, à Eugfai».
Eh bien 1 la seconde strophe ?
LA VIEILLE COUSINE- t37
EUGÉNIE
Je cherche (eiie rem).
Mais le plus doux espoir pour une mère tendra Est le bonheur de ses enfants.
LA VIEILLE COUSINE, dictant.
Jouissez-en, ô vous qui nous faites joyeuses!
EUGÉNIE
C'est Cela (elle écrit).
URSULE, rentrant avec du sucre et de Veau de fleur d'oranger; elle regarde dans le saladier.
Oh ! mademoiselle 1 voilà Vile qui reparaît.
EUGÉNIE, écrivant.
Jouissez-en...
URSULE
Je crois bien que j'en jouis.
EUGÉNIE, écrivant.
... O vous qui nous faites joyeuses!
URSULE, à la «ieille cousine.
Vous voyez, mademoiselle Eugénie aussi en est joyeuse... — Oh! c'est une vraie mousse! — Dieu! si la princesse Krakinoski voyait ça!
LA "IEILLE COUSINE, dictant :
Aujourd'hui, nous n'avons, ma mère, à souhaiter Que...
(a crsui..) Du sucre râpé et de la fleur d'orange
EUGÉNIE, s'arrùtant.
Comment?... mais ça ne rime pas...
URSULE, regardant le saladier.
Je ne sais pas si ça rime, mais ça monte joliment 1
EUGÉNIE répétant.
Aujourd'hui, nous n'avons, ma mère, à souhaiter
LA VIEILLE COUSINE, dictant.
Pour tous, que de pouvoir toujours nous rendre heureuses. Pour nous, que de le mériter.
EUGÉNIE écrivant.
C'est justement ce que je pensais ; mais c'est vous ma cousine, qui avez fait la strophe
URSULE
Et l'entremets. ( Prenant ie Biadier.) Maintenant je me charge du reste, (a Eugénie.) Ah! mademoiselle, sans votre cousine je ne serais jamais sortie de mon plat.
(Elle sort par la droite.)
EUGÉNIE, à part.
Ni moi <ie mes vers, (a u Veille comme.) Je ne sais comment vous remercier.
LA VIEILLE COUSIN 1'.-
Devons avoir aidée à rimer vos sentiments?... Ehl ma chère enfant, l'important est de les avoir et de les prouver par ses actions.
LA VIEILLE COUSINE. 15
EUGENIE.
Et quand je pense que je n'avais jamais entendu parler de votre talent!
Oh t je garde pour moi mes poésies de mirlitons. Parce qu'on fait des quatrains pour les fêtes, les mariages ou les baptêmes, il ne faut pas se croire une Muse, sans quoi tous les poëtes du Fidèle berger seraient des Apollons!
EUGÉNIE, d'un ton senti.
Votre modestie, ma cousine, est une leçon pour moi, et j'en profiterai.
LA VIEILLE COUSINE
A la bonne heure, ma belle; mais votre mère peut arriver, hâtez-vous de terminer vos dispositions.
EUGÉNIE
J'y vais.
LA VIEILLE COUSINE
Si madame Langlois revient, je la retiendrai.
EUGÉNIE
Merci. — Ah ! chère cousine, sans votre arrivée nour ne nous en serions jamais tirées!
(El!e tort par !a droite)