SCÈNE XIV
Madame LANGLOIS, entrant par le fond, LA VIEILLE COUSINE.
MADAME LANGLOIS
Je viens de tout régler pour vous au bureatL
LA VIEILLE COUSINE
Mille grâces! mon excellente madame Langlois; mais nous avons nous-mêmes à régler quelque chose.
MADAME LANGLOIS
Quoi donc?
LA VIEILLE COUSINE
Commençons par nous asseoir et causons.
(Elle s'assoit à droite.)
LA VIEILLE COUSINE. 161
MADAME LANGLOIS. prêtant un siège.
Volontiers.
LA VIEILLE COUSINE
Vous avez éié bien surprise, n'est-ce pas, quand une lettre vous a annoncé que j'arrivais.
MADAME LANGLOIS
J'avoue que je ne m'attendais pas au plaisir...
LA VIEILLE COUSINE
De recevoir une vieille cousine que vous ne connaissiez pas, ou plutôt que vous connaissiez trop! car Dieu sait que depuis quinze années vous avez dû voir assez souvent le nom de Duroc sur des papiers timbrés!
MADAME LANGLOIS
Monsieur votre frère ne nous a point, en effet, épargné les procès.
LA VIEILLE COUSINE
Et le pire, c'est qu'il les a gagnés; de sorte que ie plus clair des biens que vous avez en Bretagne est devenu sa propriété.
MADAME LANGLOIS
Et se trouve aujourd'hui la vôtre î
LA VIEILLE COUSINE
Naturellement; j'en ai trouvé tous les titres dans sa
SUCceSSiOn. (Elle tire des papiers de sa pocbe.) Et les VOiCÏ, ja
vous les apporte.
MADAME LANGLOIS, un peu ?èchen;e»t
Je ne vois pas quel intérêt peuvent avoir pour moi des papiers qui m'ont dépouillée d'une partie de ce que je possédais.
LA VIEILLE COUSINE
Pardon; mais, en les examinant, j'en ai trouvé un perdu, oublié... un vieil acte que mon frère ne connaissait point sans doute et qui prouve votre bon droit.
MADAME LANGLOIS
Que dites- vous? se peut-il?
LA VIEILLE COUSINE, présentant un papiîr.
Lisez plutôt.
MADAME LANGLOIS, prenant le papier.
Ahl oui voilà bien la pièce que j'ai tant cherchée, t-" faute de laquelle mon procès a été perdu.
LA VIEILLE COUSINE
Heureusement qu'elle est retrouvée.
MADAME LANGLOIS
Hétos ! c'est trop tard, mademoiselle; la décision des juges est irrévocable.
LA VIEILLE COUSINE
Vous croyez?
MADAME LANGLOIS
Le procès a été jugé en dernier ressort.
LA VIEILLE COUSINE. 163
LA VIEILLE COUSINE
Je pense que vous vous trompez, ma chère madame
Langlois.
MADAME LANGLOIS
Hélas ! je ne suis que trop certaine....
LA VIEILLE COUSINE
Et moi je vous dis que quand une injustice a et; commise, entre honnêtes gens, il reste toujours un tribunal qui peut casser les arrêts.
MADAME LANGLOIS
Lequel ?
LA VIEILLE COUSINE
La conscience, madame Langlois! (aie se lève; madame ungiois nmite.) C'est elle qui m'a dit qu'il fallait venir vous apporter cette preuve, et que si les autres ne pouvaient rien au jugement qui vous avait dépouillée de vos biens, c'était à moi de le révoquer.
MADAME LANGLOIS
Comment * ?
LA VIEILLE COUSINE, allant vers la cheminée à gauche.
En renonçant au bénéfice d'une iniquité, en détruisant les titres qui me donnent un droit sur ce qui doit vous appartenir.
t. La vieille cousine, madame Langlois.
MADAME LANGLOIS
ESt-CO possible? (La vieille cousine jette les papiers dans le feu.
Ali! que faites- vous ?
LA VIEILLE COUSINE, prenant les pincettes pour pousser les papiers dans la flamme.
Eh bien! vous le voyez, je fais du feu! on dit qu'il purifie tout... j'espère qu'il emportera les mauvais souvenirs de cette vilaine affaire.
MADAME LANGLOIS, lui prenant les mains.
Ah! ma cousine, un tel désintéressement!...
LA VIEILLE COUSINE
Du tout, je vous rends des biens qui vous appartiennent, et je m'assure votre amitié qui ne m'appartenait pas... il est clair que c'est moi qui gagne au marché,
EUGÉNIE et CAROLINE, au dehor».
Ma cousine! ma cousine!
URSULE, au dehors.
Mademoiselle! mademoiselle!
MADAME LANGLOIS
Qu'ya-t-il?
LA VIEILLE COUSINE. 163
LA VIEILLE COUSINE
Chut!
(Elle attire madame Larjglois à gauche; Eugénie et Caroline paraissent à la porte du fond; la première avec un bocquet de fleurs à la main, la seconde déguisée en Muse, et tenant les vers destinés à sa mère.)