SCÈNE III
La mère GERTRUDE, entrant par la gauche, Madame de KRAKOFMAN.
GERTRUDE , parlant à quelqu'un qui est dehors.
Tu entends bien ? faut les traire toutes.
GUDULE, du dehors.
C'est bon ! c'est bon !
GERTRUDE, apercevant madame de Krakofman.
Ah! pardon, excuse... je parlais à la grande Gudule... une fière travailleuse, allez ! Et quand il y a des charretiers qui s'arrêtent ici pour boire, et qui veulent faire les sauvages, elle vous les apprivoise avec un manche à balai.
MADAME DE KRAKOFMAN.
Que dites-vous là?... une femme se battre...
GERTRUDE
Du tout , du tout , c'est elle qui les bat , bien qu'elle soit iouce comme un mouton; mais elle ne veut pas qu'on me fasse tort, qu'on casse rien... Ah! faut ça, voyez-vous, dans nos auberges où on est exposé à re-
cevoir des vauriens... surtout depuis qu'on creuse un canal dans la principauté voisine... à un quart de lieue d'ici. Il y a là trois ou quatre cents ouvriers, que le meilleur serait bon à pendre!
MADAME DE KRAKOFMAN.
Ah ! mon Dieu ! et ils viennent ici...
(La duchesse reparaît à la porte du fond.) GERTRUDE.
C'est-à-dire qu'ils sont en guerre avec les gens du village depuis plus d'un mois, et qu'ils menacent de venir tout saccager chez nous.
MADAME DE KRAKOFMAN, eflrajée.
Se peut-il ! Mais alors nous sommes en danger.
GERTRUDE
Ah! bah! craignez donc rien : s'ils viennent, on se tapera, voilà tout.
MADAME DE KRAKOFMAN.
Comment, voilà tout ? mais c'est beaucoup trop.
GERTRUDE
D'ailleurs, on y met de la prudence; à preuve que l'assemblée u'aura pas lieu aux bords de la rivière comme d'habitude, crainte qu'ils viennent insulter nos jeunesses... et c'est ici que se fera le baL
LA DUCHESSE, à part.
Un bail
MADAME DE KRAKOFMAN.
Vous avez une fête?
GERTRUDE
Tiens ! c'est-i pas le 1er mai.
MADAME DE KRAKOFMAN.
Eh bien?
GERTRUDE
Eh bien! toutes les filles du village se réunissent ici ivec leurs beaux atours à cette fin qu'on choisisse parmi elles la plus parfaite pour la nommer reine du 'printemps.
LA DUCHESSE, à part.
Oh! c'est charmant.
MADAME DE KRAKOFMAN, apercevant la duchesse et roulant aile» vers elle.
Alt...
LA DUCHESSE, l'interrompant et lui faisant signe ae se i*ne en mellin* un doigt sur ses lèvres.
Chutt
GERTRUDE, qui est allée ranger la chaise à gauche et qui o*a rien enteniiu.
Faut rester voir ça... c'est tout plein gentil... Nos fillettes vont, venir dans cette salle... rapport que c'est imoi qui nomme la reine.
MADAME DE KRAKOFMAN.
Vous!
GERTRUDE
C'est un privilège qui a toujours appartenu à l'aubergiste des Trois Rois... et j'ose dire qu'il n'y a jamais eu d'injusiice... Tout le monde peut concourir d'abord, qu'il soit ou non du pays, et si le choix était mal fait, gare le charivari !... Mais, je ne me trompe pas, ce sont les fillettes que j'entends. Faut que j'aille les recevoir.
(Elle sort par la gauche.)