‹ Théâtre de la peurChapitre 13 sur 50 · JEAN, CHARRIER · texte numérisé non relu

JEAN, CHARRIER

JEAN

(Après sa sortie) Je ne me le représentais pas du tout conrime ça!... il a l'air très doux, presque timide...

CHARRIER

Avez-vous remarqué celte figure tourmentée ?

(Le téle'phone sonne brusquement)

Ah I voilà l'animal qui se réveille... Je parie que c'est la dame qui me donne des nouvelles de sa purgation... Vous allez voir!... Allol... allol...

(A Jean, en riant) Depuis Molière, les médecins n'ont pas changé...

JEAN (Riant aussi) La matière est-elle louable ?

70 L" Horrible Expcucv.ce

CHARRIER

(Au téléphone) AUo!... allô!...

JEAN (Gaiement)

Eh bien! qu'est-ce qu'elle raconte?

CHARRIER

Sapristi... ce qu'on entend mal!... C'était comme cela hier toute la journée...

JEAN

Ah ! quand on est relié à un bureau de village ! . . .

CHARRIER

C'est vrai... Il y a comme un bruit de friture qui est tout à fait désagréable.

(Ecoutant et devenant subitement sérieux) Hein?

Cili'est-ce qu'il y a ?

CHARRIER

(A Jean brusquement)

Taisez-vous !

(Au téléphone) Qui est à l'appareil ? C'est vous. Charles?

JEAN

(Etonné) Le mécanicien ?

V Horrible Expérience 71

CHARRIE

(Au téléphone) auoî ? qu'est-ce qu'il y a ? Une panne t

JEAN

Hein? ^^'^"^''^

CHARRIER

(Continuant) Parlez plus fort, nom de Dieu !... Un accident ! Jeanne est blessée?

JEAN (Affolé, se précipitant au téléphone) Blessée !

CHARRIER (Au téléphone) Je n'entends pas...

(Voulant écouter aussi) Permettez...

CHARRIER

(Au téléphone) botdonS.' ""■'' ™"^ ''"•• ""^ ""''"«

JEAN

(Voulant prendre un des récepteurs) Je vous prie, laissez-moi...

CHARRIER

(Le repoussant brutalement) Non, non. . c'est mon enfant... moi d'abord.

•]2 LHonible Experienct.

(Dans le téléphone) Blessée?... Non... évanouie... évanouie seulement ? C'est bien vrai ?

(11 écoute) Oui... j'y cours...

(11 lâche le récepteur)

JEAN

Mais quoi... qu'est-ce qu'il y a ?

CHARRIER

La voiture a fait panache à la descente du Pecq... Elle est brisée...

JEAN

Mais Jeanne... Jeanne n'a rien?...

(Se dirigeant vers la porte de droite) Non... le chauffeur dit quejjnon...

JEAN

Il faut courir là-bas.

(A Charrier) Avez -vous .^es médicaments 1... Une rousse?...

CHARRIER

Là... dans le tiroir... Prenez des bandes... de l'ouate hydrophile....

JEAN

Oui, oui...

(11 se précipite vers le meuble, ouvre le tiroir)

L'Horrible Expérience 73

CHARRIER

Avez-vous trouvé ?

JEAN

l'ai tout ce qu'il me faut.

(Faisant rapidement des objetsTin paquet qu'il met dans sa poche)

Mais comment aller là-bas ?... il faut y être le plus tôt possible...

CHARRIER (Se dirigeant vers la porte) Mon voisin a une auto...

Ah ! bien...

CHARKIER

Maria va courir chez lui...

JEAN

Non, j'y vais moi-même... ce sera plus vite fait.

CHARRIER

Cest cela !...

(Se désolant)

Ah ! mon Dieu h.. Mon Dieu...

JEAN

Ne vous affolez pas, je vous en supplie..; Soyez fort !... 11 n'y a pas une minute à perdre... Venez...

CHARRIFR

C'est épouvantable '... Ah I mon ami 1 S'il

74 L'Horrible Expérience

était arrivé quelque chose à ma fille... un malheur... je crois que...

(Comme suffoquant) Ah!...

(Il s'appuie à la table pour ne pas tomber)

JEAN

(Le soutenant) du'y a-t-il?

(Se raidissant) Rien... c'est un étourdissement... ça va passer...

(Un temps)

Mais ne m'attendez pas... dépêchez -vous... je vous en prie... courez... courez...

(Jean le lâche et va se diriger vers la porte lorsque, à ce moment Charrier porte la main à son front et tombe par terre comme une masse, pendant que le rideau baisse).

DEUXIEME ACTE

Mêmedecor qu'au premier acte. — La fenêtre de gauche est fermée. Les volets sont mis. La fenêtre de droite est restée entr'ouverte. On aperçoit au dehors de gros nuages noirs dans le ciel. Le Jour baisse. Il est environ six heures.

La table est débarrassée de tout ce qui était dessus au premier acte ; on y a posé seulement un chapeau d'homme. A gauche, au deuxième plan, quand la porte s'ouvre, on aperçoit la chambre de Jeanne éclairée par des lueurs de cierges.

Quand le rideau se lève, la scène est vide. Le vent commence à se lever et faire remuer les rideaux de la fenêtre de droite. De temps à autre, au loin, un sourd grondement de tonnerre.

Sur la cheminée, en plus de tous les objets, flacons, instruments qui s'y trouvaient au premier acte, on a placé de la charpje et du coton. Sur le canapé, un autre chapeau d'homme.

Après un long temps, la porte de la chambre de Jeanne s'ouvre lentement, sans bruit. Le premier docteur paraît d'abord, suivi du deuxième docteur, puis de Jean qui referme sur lui la porte, tout doucement.

Tous trois parlent à voix basse.

76 L'Horrible Expérience

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