UJPE DE VEGA, T. II. J J
lia LA BELLE AUX fEUX D'OÏÏ.
HENRI
Très-belle, et avec un formidable appareil.
l'écuybr.
Qu'elle entende les grelots, et la voilà au balcon.
r ton
LE GRAND MAITRE
Ce Tieux a une figure grotesque.
IIEXRI.
Allons nous habiller. La nuit se hftte de paraître pour que nont puissions sortir.
LE GRAND MAITRE
Le roi sera t-il déjà vêtu î
DON ARIAS
Je le crois. Comme vous savez, il est irès-TÎf.
HENRI
II m'est venu un caprice.
LE GRAND MAITRE
Un peint I Amour sous les traits d'un enfant.
DON ARIAS
Sa mère saura le former.
LE GRAND 51AITRE
Sur mon âme, vous êtes pris.
HENRI
Belle adorée, c'est toi que je yeux. Courons à sa maison.
l\% KiCMéi.
sciè:ne in.
Dan» la maifon do do ' Juan.
Enlrcnl DON JUAN el CHACON.avrr rhAmn un bourller.
J'ai pris à la hâte ma cotte de mnillcs. ( 'est une nuit d'arenturei.
CHACON
Votre bon ange vous a bien conseillé. — Pour moi, je n'aime pas ces uuits-là.
nON JUAN,
Les nuits d'aventures, disait un homme d'esprit^ sont des nuits de malheur.
CHACON
BIni soit celui qui a inventé les cottes de maille^^ '. Quand celle que je porte à tous les jours sera usée, j'en choisirai une de la meilleure espèce.
C'est une excellente défense. Cela vaut mieux qu'un ami; cel*^ vaut mieux qu'un mur pour s'appuyer.
CHACON
Ht m<^< je sais quelque cbose qui vaut encore mieux que ça.
JOURNÉE I , SCÈNE lll. 2t^
Et qu*est-ce
CHACUN
Un bon iit.
DON JL'AN.
Fort bien. Mais quand on doit sortir, une bonne cuirasse n'est pas à dédaigner.
CHACON
Voulez-vous une épée, ou un poignard ?
Donne-moi les deux.
CHACON
Mais où donc allez-vous ?
A mes amours.
CHACON
Vous perdez la tête.
On la perdrait à moins.
CHACON
Il me semble qu'elle vous lient furieusement au cœur. Eh bien, soit!... Que cela doive vous être utile ou non, — je vous suivrai.
Silence I voici mon père.
Entre LE VINGT-QUATRE.
LE VINGT-QUATRE
Eh bieu , mon fils, où allez-vous donc ?
Vous le voyez, mon père. C'est une nuit de sérénades et d'illuminations. Castillans et Andalous....
LE VINGT-QUATRE
Ne vaudrait-il pas mieux sortir à cheval ou en voiture ?
Vous allez encore me gronder I
LE VINGT-QUATRE
Une cotte de mailles, un bouclier, une épée, et Chacon?
CHACON
C'est mon devoir. — Vous , monseigneur, vous nous traitez (À
bien....
LE VINGT-QUATRE
Si tu avais le traitement que tu mérites....
CHACON
Qu'ai-je donc mérité?
LB VLNGT-QUATRI.
Les galères.
21v LA BELLE AUX YEUX D'OR.
CIIACON.
Vous avez bien mauvaise opinion de moi.
LB VINGT-OrATIlE.
Je le regarde comme le plus médiani garnement que Ton ait eoiiïé d'une milre '.
lAon père, ma conduite ne donne pas lieu....
LB VINGT-QUATKE.
Je la connais.
Puisque vous la connaissez si birn, mon père, vous devei savoir qu'elle f Jt excellente.
LE VINGT-QUATRE
Admirable ! parfaite ! — Je sais où vous allez.
Je puis vous avouer toutes mes démarches.
LB VINGT-QUATUE.
Ed effet, vous ne sortez que pour aller dévotement à l'église.
Non, mon père ; mais daignez vous informer; demandez si l'on me voit jamais au jeu ov dans des lieux suspects. Je ne vais que dans une certaine rue où demeure une femme que j'aime avec les intentions les plus pures.
fUACON.
Bien répondu.
LE VINGT-QtATIlE.
A merveille!
CUACON.
Sans doute. Mon maître voulait saintement épouser une femme de mérite : y a-t-il là de quoi elTarouc lier un bon chrétien ?
LE VlNGT-QUATKE.
Une femme belle, pauvre, et bel esprit? Non, jamais. Tant que ^« vivrai cela ne se fera pas.
PON JUAN
Eh! que faut il que j'attende encore? Oiic \oulo/-vous do plu.s, mon père? Suis-je une (illo pour languir laiguille à la main jusqu'à ce qu'il vous plaise de me marier?— Ainiericz-vous niieux que je fusse un libertin dépensant votre argent a\ec des fcmmis galantes? un qucrcilour, tuant a droite et a gauche les fils do famille, et obligé de me réfugier à chaque instant dans quelque asile sacré? un dissipateur enjpruntant de tous c<')lés à gros inirréts, et signant dos billots payables au jour de votre mort?... Oh! alors, sans doute, je serais digne de vos caresses, de votre amour paternel 1
* Kn Eupapnc, an dix-tcpticmc liècîe , OB coiiïail d'une milrc 1rs hdrclique» «ocdamnéi au feu par l'ioquitiUon.
JOUUNtiE I. SCENE IV. 221
LE VINGT-QUATRE
Je le pardonne tout ce que tu viens de dire; mais ce que je ne te pardonnerais jamais, ce serait de te marier contre mon gré. Je sais tes intentions. Voilà ce qui me fâclie. Je serais bien avancé d'avoir pour bru la Belle aux yeux d'or! Il n'y a jamais beaucoup d'or dans des yeux... même les plus grands.... Allons, qu'il ne soit plus question de cela. Je veux te marier avec deux mille ducats de rente.
0 vile et méprisable fortune !