‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 132 sur 183 · II · texte numérisé non relu

II

DON JUAN cl CIIACON reparaissenl.

Vous ne me direz point, j'espère, que la visite de ces trois princes soit un pur effet du hasard. — Écoutez, Dorothée. Je vous l'ai dit cent fois, je vous aimais, je vous aimais de toute mon âme; je me croyais payé de retour, et je n'avais d'autre ambition que celle d'obtenir votre main. Mais puisqu'il vous faut pour adorateurs de» rois, des grands maîtres

DOROTHÉE

Achevez... ajoutez des infants. C'est encore quelque chose.

DON JCAN.

V'ous l'avez dit.... Et vous avez bien fait de le dire.... Car pour

moi je suis dans un tel état

DOROTHÉE, riant.

Que voulez-vous donc?... 0 mort! délivre-moi de mes peinei. Les malheureux n'ont que faire de la vie.

Vous plaisantez, et je me meurs.

DOROTUés.

Vous vous mourez ?

Oui.

>ous î

Moi.

Voyons votre pouls.

DON JDAlf .

DOROTBiÎB.

DON lOAN.

DOROTIIÉB.

Quoi! vous prenez ma main? vous l'osez?— Tant d'audace méliterait mille coups de poignard.

DOROTHl^B.

Sans confession ?

DON JOAN

Enfin vous n'êtes qu'une femme!..

DOROTHÉE

Que croyiez-vous donc que j'étais?... Un quadrupède, ou un oiseau ?

C est ainsi que vous récompensez ma tendresse?... Kt lu le souffres, mon cœur!.. El moi qui vous adorais comme on adore les

an^es !...

DOROTHÉE

Vous vous oubliez, mon doux ami Je viens d'entendre sonner trois heures, et vous ne pensez pas à vous aller coucher.

CHACUN

Allons, de grâce, madame, cessez ce persiflage... Ne voyez-vous pas qu'il est aux abois?— Consolez-le plutôt. Au lieu de vous moquer, dites-lui que ce n'est pas votre faute, que vous n'avez pas pu fermer votre porte au nez d'un roi. Eh ! mon Dieu! je sais bien par mon expérience qu'il faut de la jalousie autour de l'amour, comme du persil autour du mouton bouilli , pour l'assaisonner. Mais quel plaisir trouvez-vous à faire pleurer un homme, un Cid, comme une femmelette?

DOROTHÉE

En quoi donc l'ai-je ofl'ensé?

chacon.

Allons, par pitié, dites-lui un petit mot.

DOROTHÉE

Don Juan, mon ami, tournez vos yeux vers moi. Écoutez.

Je n'ai rien à entendre. Que le ciel me foudroie si je remets le» pieds ici!... Devais-je m'attendre à une conduite aussi infâme

DOROTHÉE

Quelle parole, don Juan! Vous oubliez donc à qui vous l'adressez?... Eh bien! si jamais ou vous ou quelqu'un de votre part remet jamais les pieds dans cette maison * ; si jamais je vous rencontre soit dans la rue, soit à l'église, soit ailleurs....

Arrêtez, n'achevez pas, ô mon ange! c'était la colère qui m'inspirait. — Chacon, supplie-la, implore-la en ma faveur.

CUACON.

Allons , madame.

Approche, approche encore.

CHACON

Je crains un coup de pantoufle. {Haut.) Allons, madame, par pitié. — Inès, joins tes prières aux miennes.

l.NÈS.

Vous mériteriez , vous, cent coups de bâton.

Dorothée et Inès torteut CHACON.

Bon! les voilà parties I

Âh ! la tigresse !

CHACON

Ah ! porc-épic !

' Si tu, ni cosa por ti

Duelve a esta casa jamas, etc., etc.

Ob voit qae oous avons reproduit la lëf^ère incorrection qui se trouve (lans \e Vexte. One femme dans la passion ne doit pas parler comme écrit un grammairien.

DON JCAPÎ.

Rendez-moi du moins tous les gages de tendresse que je vous ai donnés.

CIIACON.

Appelons un alguazil.

DON JUAPr.

Ëh quoi! tu as le courage de rire quand je suis au désespoir?

CHACUN

Ne saTez-TOUS donc pas que les femmes sont fragiles comme verre ?

DON JOAN

Cruelle Perle, tu es pour moi de marbre. — Mais si tu es Anaxafète , je suis Iphis ^

CHACON

Vous êtes gentil.

0 mort! délivre-moi de mes peines! Les malheureui n'ont que tàSn de la vie 2.

JOURNEE DEUXIEME

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