‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 133 sur 183 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

DaDi ane me de Sëville.

Enlrenl MARCÈLE, voilée, ei DON FÉLIX.

DON TiuX.

Je suis charmé, madame, de vous avoir rencontrée dans cette rue. Qu'y cherchez-vous?

MARCàLB.

Cela peut se dire sans difficulté. — Je viens acheter des patins \ dont je fais une effroyable consommation.

DON FÉLIX

Vous auriez pu dire delasoie, du velours, de la belle toile de Hollande. Mais, je le vois, vous avez craint dinduire en dépense un amanl qui a plus de bonne volonté que de ressources cITertives. Eh bien , de mon côté, je ne m'en tiendrai pas aux patins, et vous me permettrez d'y ajouter des gants.

* On pt-ut voir dans le* Métamorphoiu d'Ovide^ liv. xiv, comment Ipliit, dëaek|>^rc 4m rigururgd*An.ixarèle, ic donna la mort.

* Don Juan dii, rn les prenant au lérieHi, tes même* paroles que Doiolbée vico'. de dire rn l>a«iinant.

* Oa se rappelle le vert de Boilcan :

La trop courle beauté mouta tor des patios.

MARCÈLE.

Non, non! je ne le souffrirais pas!... Des patins me suffisent. Et «avez-vous pourquoi j'en consomme une si grande quantité? c'est que je cherche un logement.

DON FÉLIX

Vous avez sans doute quitté le vôtre dans la crainte que Léonof n'y vînt demeurer avec vous. — Chose étrange! deux tigres, deui lions pourraient vivre ensemble. De même un hidalgo et un rustre. De même, à la rigueur, deux poètes. Mais deux jolies femmes, il ne faut pas l'espérer : il y aurait entre elles une haine éternelle, et elles finiraient par s'entr'égorger.

MARCÈLE.

Surtout si l'une d'elles n'est qu'une sotte, une précieuse à grandes prétentions.

DON FÉLIX

Comme Léonor, n'est-ce pas ?

MARCÈLE.

Justement.

DON FÉLIX

Mais laissons cela. — Savez-vous que ma sœur a voulu habiter la maison que vous avez laissée, quoique je doive m'y déplaire beaucoup?

MARCÈLE.

La maison que j'ai quittée ?

DON FÉLIX

La même.

MARCÈLE.

Est-ce que la sienne ne valait pas mieux?

DON FÉLIX

C'est un caprice, une fantaisie. Je ne me l'explique pas autre^ ment. Comme c'est la même rue , et que la maison ne vaut pas la nôtre, c'a été une sorte de folie.

MARCÈLE.

Elle veut tenter la fortune. Quel dommage qu'une personne si accomplie n'ait pas trouvé cent fois un riche parti ! 11 y a des raai- >0DS qui portent malheur.

DON FÉLIX

Des maisons funestes aux demoiselles!... Je ne l'aurais pas cru. Vous avez, vous autres femmes, de singuliers préjugés.

MAKCÈLE.

Que voulez-vous? nous sommes ainsi faites.

DON FÉLIX

Son balcon et les pots de fleurs dont il était garni valaient mieux qu'un iardio ,

MARCÈLE.

Je l'approuve cependant. Il faut qu'elle change de maison, .--

23 i LA BELLE AUX YEUX D'OR.

qu'elle en change,— et toujours, toujours, jusqu'à ce qu'elle trouve

un mari.

DON rr^i.ix.

Quelle folie!

MARCÈLE.

Je vous en dirais bien d'autres. — Mais, sérieusement, puisque voire sœur, qui a tant d'esprit, a cru devoir quitter sa maison , ii est clair que cette maison ne lui portait pas bonheur.

DON FÉLIX

H nous restait encore quatre mois pour Gnir le bail.

MAKCÈLE.

L'avez-vous louée ?

DON FÉLIX

Hier il s'est présenté des personnes de la suite de l'infant... Je n'ai pas voulu.

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