‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 151 sur 183 · LB DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

LB DOMESTIQUE

Voici un page de l'infant don Henri.

LB VINGT-QUATRB.

Qu'eat ceci 7

LÉONEL.

Quelque afTairc d'amour, sans doute. Le prince, jaloui de votre fils, désire probablement que vous lui défendiez de passer dans la me de Dorothée.

LB TINGT-QUATRB.

Il l'aime donc auisi, lui?

liONBL.

Il le laisse assez voir.

LB YINGT-QUATRB.

Fais entrer!

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JOURNÉE lîT, SCSNE IV. 26»

LÉONEL.

Sourenez-vous qui vous êtes; soyez calme.

LE VINGT-QUATRE

Quand je reprendrai ma vieille épée, tu verras s'il me reste du e<£ur.

LIONEL

Personne ne doute de votre courage.

Entre DON FÉLIX.

DON FÉLIX

L'infant, mon maître, désire vous parler.

LE VINGT-QUATRE

J'ignore d'où peut me venir cet honneur. Mais son altesse ne de* vait pas se déranger ; ^lle n'avait qu'à m'ordonner de me rendre au palais.

DON FÉLIX

Voici son altesse.

Entre rinrant DON HENRI.

LE tlNGT-QUATRE.

Je me prosterne à ses pieds. —(A l'Infant.) Seigneur, que désirez-vous de moi?

HENRI

Vingt-quatre, ne soyez point surpris de la visite d'un infant : vous méritez cet honneur.

LE VINGT- QUATRE

Seigneur, prenez ce fauteuil ; il ûgurera désormais dans les armes de ma famille, et la noblesse d'Andalousie m'enviera cette gloire. — Mais, seigneur, puis-je savoir qui m'a procuré l'honneur de cette visite?

HENRI

Un roi doit tenir tous ses engagements, et sa parole est chose sacrée. — J'ai donné la mienne à ce page qui m'a chez vous précédé. Il a une sœur à marier, et j'ai promis de lui assurer un établissement honorable; et comme je cherchais un jeune cavalier qui fût digne d'elle, j'ai appris que vous aviez un fils, nommé, je crois, don Juan, — d'un mérite distingué, et qui l'aime... vous devez en être instruit. Je donne pour la dot vingt mille ducats, et comme les vertus de Dorothée en valent plus de cent mille, la voilà fort riche; sans compter en outre quatre mille ducais que je donne pour son trousseau. Quant à vous, seigneur Vingt-quatre, mon frère le grand maître de Saint-Jacques vous nomme chevalier de son ordre. — C'est ainsi que je m'acquitte de mes dettes.

LE VINGT-QUATRE

Je ne sais, monseigneur, comment vous exprimer ma reconnaissance. 23^

UEMU.

Un moyen bien simple, c'est de venir au plus loi au palais, vk nous traiterons d'une manière convenable raiïairc du mariage.-— Conseniez-voug?

LB ViNGT-QUATRB.

Oui, seigneur, mille fois oui !

HENRI

Adieu, Félix, j'ai tenu ma parole.

DON FÉLIX

. i me mcls à vos pieds. — {Â partS) Allons avertir ma sœur.

L'infant et doo ¥é\'\x totXftt, LE VIN'iT-Ol'ATRE.

Toi, Léonel, va me chercher mon fils.

LÉONEL.

Ne l'entendez-vous pas?

Entre DON JUAN.

Mon père, j'ai vu sortir d'ici l'infant don Henri. J'en ai éprouvé Uni de douleur, que, s'il m'eût été possible, j'aurais en ce moment-là dit un éternel adieu à Séville. — Des infants chez nousl Que nous veulent-ils î

LE VINGT-QUATRE

Je ne suis pas fâché que tu l'ignores. J'aurai le pl?« = -^ir <i« i*» >'->^ prendre : la Belle est à toi.

Comment cela?

LE YINCT-ODATRE.

Henri fait ce mariage pour récompenser les services du frère. 11 lui donne une dot de vingt mille durais, qualrc mille pour les bijoux ; et moi, le grand maître me nomme chevalier de son ordre, faveur que j'ambitionnais de toute mon ôme, et qui fera le désespoir de mes ennemis. Don Juan, heureux le jour où tes yeux le fixèrent sur Dorothée! 0 chère enfant, je te porte dans mon cœuri \\ a élé convenu que noug nous rendrions immédiatement au palaif pour conclure celte affaire.

DON JOAIf.

Oh! comme la cupidité raisonne!... Naguère, quand je vous suppliais de consentir à mon mariage avec Dorothée, alors pauvre mais vertueuse, vous ne vouliez pas même entendre prononcer son nom; et aujourd'hui qu'elle est riche et déshonorée, aujourd'hui qu'on vous promet le titre de chevalier de Saint-Jacques, c'est vous qui me pressez de l'épouser!

LE VINCT-QUATitt.

Riche et déshonorée I

Vous croyez que l'infant récompense les services du frère : il no

JOURNÉE m, SCÈiNE /. 271

fait que pnycr son deshonneur. Hier au soir, Léonel a vu don Henri qui entrait chez elle vers n^iiriuit; et Chacon, que j'envoyai de bonne heure aux informations, l'a vu sortir et rejoindre le grand maître et don Arias qui l'attendaient dans la rue.

LE VI.NGT-QUATIli*,

lu as VU cela?

LÉONEL.

Je ne puis que confirmer ce que vous a.dit don Juan.

LE VLNGT-QUATRE.

Et toi, Chacon, tu l'as vu sortir de chez elle au point, du jour?

CHACUN

Oui, monseigneur, au point du jour. Il s'en allait en grand mystère, en laissant chez elle comme otages, j'imagine , deu\ petits principicules *.

Vous voyez, mon père... et cependant, s'il faut l'avouer, je l'aime peut-être encore.

LE VINGT-QUATRE

Embrasse-moi, mon fils, reçois ma bénédiction. — Allons au palais. Je donnerai à l'infant quelque valable excuse. Je lui dirai que tu étais déjà marié , et que je l'ignorais lorsque je me suis engagé.

J'épouserai celle que vous voudrez.

LE VLNGT-QUATRE.

Ou tu le feindras?

C'est ainsi que je l'entends.

LE VINGT-QUATRE

Léonel et Chacon diront qu'ils ont servi de témoins.

CHACUN

De faux témoins. N'importe, nous sommes bons là tous deux; et s'il en faut encore deux autres, j'ai des amis!

Us sortciW.

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