‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 178 sur 183 · IN · texte numérisé non relu

IN

Quoi ! tu l'en vas sans me rien dire?

JOUKiSÉE 111, SCÈNE ill. 34i

CITRON

Moi, je suis dur de la langue.

INÈS

Tu t'es u',qué... Tu crois sans doute que je t'aime médiocrement?

CITRON

Moi aussi, à la rigueur, je t'aime assez... mais puisque mon maître part, je le suis.

INÈS

Tu vas dans ce gouffre de Madrid ?

CITRON

Hélas I oui.

INÈS

Vous allez vous y perdre.

CITRON

Tu peux être sûre que je n'y parlerai à aucune femme. Adieu. — Ne pleure pas.

INÈS

Que m'enverras-tu de Madrid?

tin carrosse à quatre chevaux ^

Ilaort.

LNÈS,

Qu'allons-nous devenir maintenant?

LÉONARDA.

0 souvenir, souvenir doux et cruel ! tu vis dans mon âme, mais tu n'y vivras pas longtemps. — Inès, je vais mourir, ixès.

Soyez raisonnable.

LéONARDA.

Ce départ imprévu va me tuer. —C'est don Louis qui en eft cause. Don Juan se conduit en homme d'honneur. Enlre LlSÈPiE.

LISÈNE.

Eh bien, ma chère, qu'a répondu don Juan?

LÉON ARDA

Qu'il vous prie de vous mettre à la fenêtre pour le voir partir; qu'il sera demain malin à Madrid, et que là vous pourrez lui écrire votre avis sur les moyens de conclure ce mariage.

LISÈ.NB.

Il part, dites-vous?

LÉON ARDA

Pour éviter un péril qui le menace.

USÈNB.

Je lui en yeux de me quitter sans m'avoir fait ses adieux.

* GitroB dit ifolement un coehe (un coche, «n carrosse). Les carrosses cuient atort \\l Comicrtis. Nous avoas ajouté les quatre chevaux pour l&cher de reproduire l'eflet.

842 AIMlill SANS SAVOIR QUI.

LIÉONARDA.

Il m'a avertie.

USÈNK.

Vous auriez pu me prévenir. —Dit-il s'il reviendra T Von» ê^-fi^

donné son adresse?

LéoNARDA, à part.

j'e n'attends plus rien qu'un afTreux désespoir.

Ëntrenl DON LOUIS cl DIOMS.

DON LOUIS

Demande si don Juan est ici.

DIOMS.

Non ; mais voici la maîtresse de céans.

D0.\ LODIS.

J'ai eu du bonheur.

DIOXIS

Approchez; elles sont seules.

DON LOUIS

Je venais voir don Juan. Je ne l'ai point vu depuis sa sortie d« prison ; et, autant par amitié que par convenance et politesse, je lui faisais cette visite. —Je suis heureux, madame, de vous rencontrer.

liONARDA.

Vous me voyez hors de mol.

iNfts.

Vous pourriez même dire que vous êtes folle.

LIONARDA.

Lisène, permettez que j'entretienne un moment le seigneur don Louis.

DON LOUIS , à part.

Mon amour ne m'a point mal inspiré.

LISÈNE, bas, à Lc'onarda.

Tâchez, ma chère, de savoir où va demeurer don Juan ; car» as moins, je veux avoir une correspondance avec lui pendant son absence.

Bll« aoru DOX LOUIS, à part Klle m'aime. J'ai vaincu son dédain. {Uaut.) Nous Yoili seuls, madame.

LIONARDA.

Pourrai-je vous parler?

DON LOUIS

11 n'y a ici personne desuispeci.

LéONARDA.

Dites-moi, un homme qu'on n'a pas aimé a-t-il droit de se plaindre?

JOURNEE 111, SCENE lU. MS

DON LOUIS

Oui, madame.

L^ONARDA.

Et de quoi donc?

Précisément de ce qu'on ne l'a pas aimé.

LÉONARDA.

Et si l'on en aimait un autre, ne valait-il pas mieux lui montrer de riiidifférence que de le tromper?

DO.V LOUIS

fans doute.

LÉON ARDA

Eh bien, seigneur, puisque j'aime ailleurs, comment pourrai? -je répondre à vos sentiments ?

DON LOUIS

Si celui que vous aimez a plus de mérite» personne ne pourra VOUS blâmer.

LEONARD A

Eh bien ! j'aime don Juan.

DON LOUIS

Vous n'avez pas besoin d'excuse.

LÉONARD A

Pardonnez-moi cet aveu, et songez que déjà il est loin d'ici à cause de vous.

DON LOUIS

Je ne vous comprends pas.

LÉON ARDA

Oui, don Juan, afin de ne point trahir l'amitié et de ne pas manquer à la reconnaissance, vient de partir pour Sladrid. 11 m'a priée avec instance de prendre en considération vos belles qualités et de vous aimer, et il est parti pour vous laisser le champ libre, en me disant de l'oublier. Mais je ne l'oublierai pas plus en son absence que s'il était présent, et croyez-moi, illustre Ribera et Guzman, si j'eusse pu disposer de mon cœur, je vous aurais aimé, soit à cause de votre mérite, soit parce que don Juan me l'a demandé. Mais je ne puis disposer de mon cœur; il appartient à un autre, et je finis en vous disant que j'aime don Juan et que je l'aimerai toute mi vie.

Bile ion DON LOUIS.

(Quelle situation !

DIONIS

Elle vous a déclaré sa pensée avec beaucoup de noblesse.

DON LOUIS

Si don Juan m'eût parlé, je l'aurais empêché de partir. Mais puisque je dois reuoDCvr enfin à un fol espoir, qu'attends-je encoreî

îiU AIMER SANS SAVOIU QUI.

qui m'arrélc ici?... Je vais à Madrid, je l'atteindrai aujourd'hui

même.

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