‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 181 sur 183 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Chez doD Fernand Enlrenl DON FERNAND, LÉONARDA et LISÈNE.

DON FERNAND

Gomment don Juan a-t-11 pu partir sans me faire ses adieux?

LÉONARDA.

Il a reçu des lettres qui l'appelaient tout de suite à Madrid, où il a un procès.

DON FERNAND

Des lettres! un procès!... Cela ne pouvait pas obliger un galant homme à montrer cette ingratitude envers son hôte. LisèNE.

Don Fernand a raison. Ces manières d'agir ne sont pas d'un galant homme.

LÉONARDA.

Vous paraissez piquée, ma chère?

LISÈNB.

Moi 1 et pourquoi?

LÉONARDA.

Vous trouveriez sans doute don Juan plus galant homme, s'il vous eût aimée.

DON FERNAND

Vos paroles, ma sœur, annonceraient de la jalousie. Et & ce

Drusque départ, je soupçonne que ce prétendu procès qui appelle

don Juan à Madrid...

LÉONAUDA.

Que soupçonnez-vous?

DOX PBnNAND.

î.a véritable cause de votre chagrin.

LÉONAIIDA.

Pourriez vous bien me reprocher l'estime que j'ai conçue pour don Juan? N'est-ce pas sous vos auspices qu'a commencé celte liaison?

DON FERNAND

C'était un badinage.

LéOMARDA.

Que nous avons pris au sérieux >.

DON FERNAND

J'ai eu tort, je l'avoue, j'ai trop vanté don Juan.

LÉONARDA.

Quand une femme devient éprise d'un homme, la faute en est à celui qui l'a loué devant elle.

LISÈNE.

Et vous, éprise de don Juan, vous prétendiei traiter de mon mariage avec lui. — Quelle touchante amitié!

DON FERNAND

Qu'est ce donc?

LlSkNI.

Ce n'est plus rien maintenant... C'est passé.

DON FERNAND, d part.

Je suis offensé de tous les côtés. J'ai à me plaindre à la fois de ma sœur et de ma maîtresse. L'honneur et l'amour m'ont aussi maltraité l'un que l'autre.

usàNE.

J'ai pensé que je pouvais me marier après la mort de don Pédre.

DON FKHNAND.

Vous le pouvez de môme après la mort de don Juan.

LisàNE.

Don Juan n'est pas mort.

DON FERNAND

C'eit tout comme» puisqu'il est absent.

DON LOUIS, du dehon.

Entrez, entrez done.

Entrent DON JUAN, DON LOUIS, CITRON, DIONIS et INÈS.

Vous m'amenez ici, seigneur?

* li y t ici une grdet iiilraduiitible. Elle lient à la dotiMff tigailicatioii du mot earta», cartel à joiipr ri lettres. « Loraqnc deiu pcraonnct se dooDeol dc« ctrtca (ou de« lettre»), ccw Qu'elles TODt jouer. >

INÈS, annonçant.

Don Louis et don Juan !

DON FERiNAND.

Qu'est ceci?

DON LOUIS

A cette place môme, madame , vous vous êtes plainte de moi comme étant la cause indirecte du départ de dou Juan. Le vrai coupable, c'est lui; car il a été ingrat envers nous trois. Envers don Fernand , puisqu'il a quitté ainsi brusquement la maison de son hôte; envers moi, puisqu'il était mon rival à mon insu; et envers vous, puisqu'il a récompensé votre amour par l'abandon. Furieux, je suis parti de Tolède en faisant serment de le ramener en prison. Et puisque, comme chacun sait, le mariage est une prison perpétuelle, je le laisse prisonnier en vos mains, à condition que vous allez jurer, don Juan, de demeurer avec joie dans une prison si douce ; et vous, m»ûame, de ie garder soigoeuiement aussi longtemps que le permettra la volonté du ciel.

Plein de reconnaissance, monseigneur, je fais ce serment entre vos nobles mains.

liONARDA.

Cette générosité est digne d'Alexandre.

DON LOUIS

Fernand, je vous constitue alcayde, et vous remets les pri» sonniers.

DON FERNAND

Et s'il y a deux autres prisonniers?

Cela TOUS regarde.

DON FBRNANO.

Que dites-TOus, Liséne?

US&NB.

Que je suis flattée de cet honneur.

CITRON

Attendez! il y en a encore deux; car dans le mariage on va toujours deux à deux comme les perdrix.

DON LOUIS

Et qni sont ceux-là?

QTRON» à Inès, Veux- lu?

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