‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 67 sur 183 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

A CalatraTa, dans la maison du Commandeur.

Entrent LE COMiMANDEUR. FLOREZ et ORTUlta

l.E COMMANDBDR.

Le grand maître sait-il mon arrivée?

FLOREZ

Il la sait.

ORTUNO.

Il ne faut pas s'étonner si, étant si jeune, il montre tant de fierté.

' Don Rodrigue Teilcz Giron fui uonimc grand maître par 11 résignation de sou père, en 1466, à l'âge de huit ans. Il prit l'administration de l'Ordre en i47S, & la mort de son oncle Pacheco, grand maître de Sainl-Jacqucs. Il fut tuë au fiëge de Loxa, en 1482.

» Le commandeur mayor (el comendador mayor) ëlail l'un des chefs de l'ordre, et n'avait au-dcssu» de lui que le grand maître. — Litléralcmcnl nous devions traduire mayor par major ou majeur; mais nous avons crainl que l'un ou l'autre de ces mou ne donnât une fausse i lëe, cl nous avons prcfcrc conserver le mol espagnol, déjà employé avant nous par lc« ccrivains français qui , au dix-septième siècle, ont eu l'occasion de parler <lc la cour d'Espagne.

• Roxo vciii dire rouz. Piimitivcmoiil co fui «ans doute un sobriquet donné à quelque ancôtre de tioirc personnage; mai» ici c'csl un nom de famille, cl c'est pourquoi nous F.'.»-."ni |.;is ciu devoir Je inliMc, nnu plus rjue les noms Redondo (le rondi et ii«* l''j:n [.lu i u^is), qui £e liouvcu', ■■■<•;■$ la liu de la première journée.

i FONrOVl'JL ..

LE COMMANDILU.

Sail-il étfaleiueut que je suis Frni.iiid Gomez de Guziuac?

FLOKEZ.

C'est un enfant; ne faites pas aileniion à sa conduite.

LE COMMANDKLH

Et quand bien même il ne saurait pas mon nom, ne devrait-il pas lui suffire que l'on m'apjtelle le commai.deur mayor?

ORTUNO.

II ne nvnque pas de gens qui auront pu lui conseill«>r "Hi' ini-

IHtjJlCSSC.

Il ne se fera point d'amis. Ce sont les égards qui gagnent les cœurs. Un homme impoli éloigne de lui tout le monde.

ORTUNO.

Hi un homme discourtois savait combien il est déteste de ceuxlà mêmes qui lui auraient biiisé les pieds, personne ne voudrait l'être, et Ton craindrait ce défaut plus que la mort.

FLOREZ

Il n'est rien de plus fatigant, de plus irritant. Entre égaux l'im politesse est une sottise; mais venant d'un supérieur, c'est uue tyrannie. Mais ne vous mettez pas en peine; le grand matire est un iifant, et il ne sait pas encore ce que c'est que d'être aimé.

LE COMMANDEUR

L'épée qu'il ceignit, le jour Riême où la croix de Calatra>a couvrit sa poitrine, aurait dû lui apprendre ^"< •i'>v..ir-

FLOREZ

Si l'on ujis a desservi aupiès de lui, >ous io verrcx bieulôt.

ORTUNO.

Si vous craignez un accueil indigne de vous, nous pouvons nous Il retourner.

LE COMMANDEUR

Non, je Yeux voir ce qu'il pense.

Entrent LE GRAND MAITRE H sa Suite.

LE GRAND MAITRE

Pardonne!, je vous su|>plie, Fernand Gomez de Guzman. Je napprends qu'à linsiant v<»lrc arrivée en celte ville.

Je me plaignai.s de vous, et avec assez de raison. J'attendais plus d empressement de celui dont j'ai élevé l'enfance, étant tous deux <o que nous sommes : vous grand m.ifire, et moi commandeur df Tordre, et, de plus, votre dévoué serviteur.

LE GRAND MAITRE

J'étais bien sôr. mon cher Fernand. que vous me viendriez voir. Lnibra»sons-nous < • i< .

JOURNÉE I, SCÈNE i. 93

LE COMMANDEUR

Vous me devez quelques égards. J'ai pour vous exposé ma vie jusqu'à l'époque où le Sainl-Père vous a accordé des dispenses d'âge.

LK GRAND MAITRE

Je ne l'ai pas oublié ; et par le signe sacré qui couvre votre poitrine et la mienne, je m'efforcerai toujours de m'acquitter envers vous, en vous respectant et vous honorant comme un père.

LE COMMANDEUR

Vous me donnez toute satisfaction.

LE GRAND MAITRE

Que dit-on de la guerre?

LE COMMANDEUR

Veuillo/ nie prêter votre attention, et vous saurez ce que vous avez à faire.

LE GRAND MAITRE

Parle/, je vous écoule.

Don r.)lrigiieTeliez Giron, vous êtes grand maître; vous devez cet insigiio I iiiiieur à votre illustre père, qui, depuis huit ans déjà, résigii; i i muîlrise en votre faveur. Pour assurer davantage votre digniic. ;-• roi et les commandeurs de l'ordre jurèrent de maintenir cette iii>j.o>ilion; et Pie 11 et ensuitePaul ontdonnédes bulles pour aulori>;r le grand maître de Saint-Jacques, don Juan Pacheco, à être votre coadjuleur. Maintenant qu'il est mort et que, malgré volr:^ jei:iie âge, on vous a laissé à vous seul le gouvernement de l'onlr-. songez bien qu'il y va de votre honneur, dans les circonstances "H nous sommes , de suivre le parti de vos parents, lesquels, .if>rés la mort du roi Henri quatrième du nom, travaillent à faire p.-.s r la couronne de Castille sur la tête d'Alphonse, roi de Portug.'.l . conime époux de l'infante Jeanne. Tandis que d'autres veulent ; oiir roi Ferdinand d'Aragon, qui a épousé l'infante Isabelle, v ir- famille trouve plus de droits à sa rivale, ne pouvant pas (T. ire que les litres de celles-ci soient fondés sur l'in- <-esle et riTn;'> ture; et votre cousin tient dans ce moment la fille <!e Henri en snn pouvoir. De votre côté il faut agir, et voici ce que j • viens vous cDMseiller : c'est de réunir dans Almagro les chevali K de l'ordre, et de vous emparer de CiudadRéal, qui, commandai! les passages de la Castille à l'Andalousie, est un poste avantn.'< i\ pour les .-urveiller toutes deux. Pour cela peu de monde s ;llii ; caria ville n'a d'autre garnison que l'es habitantset quelques ir.l I > qui soutiennent Isabelle et Ferdinand. 11 faut, don Kodrijj:iie. malgré votre jeunesse, épouvanter par un coup d'éclat tous < i-x -ens qui prétendent que la croix que vous portez est trop pes.-it'.'e pour vos forces. — Voyez les comtes de Uruefia de qui vous sorivZ , lesquels vous montrent, du haut du temple de la Gloire,

SI* rO.NTOVI^JLM;.

les lauriers qu ils ont acquis; voyez le m.iMjwis de Villena cl lanl d'autres capitaines vos ancêtres qui ont fatigué les ailes de la î\eiiommée, eiciler votre courage. — Tirez donc du fourreau voire brillante é\)éc, et que dans les combats la lame »e rougisse comme la croix de votre manteau ; car pour moi j'aurai peine à voir en vous le grand maître de l'ordre de la croii rouge, tant que la croix de votre épéc ne se sera pas rougic dans le sang i Toutes deux doivent être de la môme couleur; et \ou8, illustre Giron , vous devez vous comporter de manière à prendre place uh jour au temple de mémoire avec nos nobles aïeux ^.

N'en doulex pas, Fernand Gomez , je suivrai, dans ces troubles civils, le parti de mes proches; et puisque vous jugez convenable que je passe à Ciudad Real, vous le verrci, je renverserai ses remparts avec la rapidité de la foudre. — Il ne faut pas , parce que mon oncle est mort, que mes parents et les étrangers s'iniaginenl que la valeur du grand maître est morte avec lui. Je tirerai mon épée , et la plongeant dans le sang ennenu, je la rendrai bicnt<)t aussi rouge que la croix que je porte. — - Kt vous, commandeur, où résidez-vous? Avez-vous quelques soldats?

LE COIillAM)EL'R.

Peu, mais dévoués; et si vous les employez, ils se battront comme des lions. Vous saurci qu'à Fontovéjune il n'y a que de? hommes de basse condition , cl moins exercés à la guerre au*^* paisibles travaux des champs.

LE GRAND MAITRE

C'est là que vous résidez de préférence?

LE COMMANDEUR

Kntrc les maisons de ma commanderic, j'ai choisi celle-là pour ilcmeurer pendant ces troubles. Faites dresser un état de vo» vassaux. l*as un, je suis sûr, ne manquera a votre appel.

LE GRAND MAITRE

Dès ce loir vous me verrez à cheval et la lance en arrêt.

lU tort»»!.

' Porquê no podr* Hamant

Muéitrt dt la crui roxa Qvt ienfi$ al ptcho, tn lanto Qui uneit la blanca upada.

' U j t ICI un jeu (le moU iniraduiiiblc. Il poric sur le mm de j^iron, qui «goii* Million, morceau «rëtofTe, pièce miae à un vAiemi'nl. Lilloralemenl ; «El tout, ckilToa * ini égal , voni d.-vrt dcTcoir un mtPteaa, uae cape qui couTte le temple de voa aa> gaiteaancéuea. m

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