ACTE I, SCÈNE I
PIIÉNICE.
J'ai enfin trouvé ce que je cherchais. 11 y a bien des années qu'il n'est pas venu en Sicile un étranger, soit cavalier, soit marchand , chez lequel mes stratagèmes aient eu à pécher un argent si joli. Il amène un navire chargé de drap, de bas et de satin.
CÉLIA.
Vous a-t-il dit où il demeure ?
PUÉMCE.
Je connais son logis.
CÉLIA.
Voilà, du moins, une soirée bien employée!... Mais quelle sorte d'homme est-ce? Est-ce un homme d'esprit timide, ou un sot présomptueux ? Vous a-t-il paru généreux ?
PHÉXICE*
Je lui ai dit trois ou quatre douceurs, et il est tombé là-dedans comme une mouche dans le miel. Pauvre garçon î
C^LIA
Quelles sont vos intentions à son égard ?
PHÉNICB.
De l'écorcher tout vif. — Allons, recouvre-toi de ta mante et marchons. 11 nous suit.
Phénice et Célia sortent
TRISTAN , à Lucindo.
Voilà TOtre aventure î
LUCINDO.
Oui.
Quelle femme est-ce?
Je ne sais pas trop.
TRISTAN
LUCINDO.
TRISTAN
Elle se sera moquée de vous.
LUCINDO.
Pour cela non, puisqu'elle ne m'a rien pris ni demandé.
TRISTAN
\h 5'ioi! ne pensez-vous pas que les doux regards cl les iciuircs paroles sont de véritables lettres de change? Kt pour que mon sentiment ne vous étonne pas, je vous prierai de remarquer que toutes les fois qu'un homme s'entretient avec une femme do ce genre, ses yeux sembleiU dire : « A vous tous qui êtes ici témoins , faisons savoir que nous nous obligeons a payer ce (ju'on nous vend au prix que l'on voudra, en renonçant au bénéfice des lois qui garantissent l'honnête homme. » Mais il est vrai que je ne sais pas trop si l'on pourrait invoquer celles de Toro; car partout où il y a dos terres à labourer, il y a des bœufs. Seulement, tant que l'on II. 2
14 L'HAMEÇON DE PIIÉMCE.
est encore à IraUer, la loi qui <» rapport à l'argent non compté conserve sa force '.
i,ui.i>no.
Ici , Tristan , personne n'nsc de force envers moi, personne ne me contraint, personne ne m'a mis le poignard sur la gorge. Si je lui ai promis de la suivre, c'est seulement parce que sa beau' m'a ravi. Du reste, il pout bien se faire qu'elle soit une dame principale ou une demoiselle illustre.
TRISTAN
Pour demoiselle illustre, j'ose vous garantir que non; car el' doit avoir perdu son lustre ^.
LUCINDO.
Eh bien I admettons que ce soit une dame principale : que risqué-je à la servir?
TRISTAN
Une dame principale près de la mer, seule avec une suivante!
LUCINDO.
Pourquoi pas ? elle aura pu sortir pour voir, pour prendre l'air.
TRISTAN
Laissez donci elle sera sortie pour pécher, vous dis-je, ou pour gvappiliir, ou pour glaner.
Et que chercherait-elle arec moi ?
TRISTAN
Je l'ignore, mais je crains tout de sa mine rusée.
LUCINDO.
Crains-tu qu'elle me prenne mon argent?
TRISTAN
Peut-être bien ; je n'en serais pas (^tonné.
LUCINDO.
Je n'en ai pas. Je n'en aurai que quand j'aurai vendu ce qn< j'apporte en Sicile, el je n'ai pas encore vendu.
TRISTAN
Voilà un raisonnement victorieux 1 Et si vous le lui donnez après?
LUCINDO.
Je ne la verrai pas, - après.
TRISTAN
Eh bien ! marchons. Mais j'ai peur que vous no l.iissi. . ., , mains l'argent que vous avez sur vous.
■ La Gn <1c r< <*i<-rai(à d« lonpOMUaaeaUlr