I.R HOI
Don Manrique, parlez, parlez sur-le-champ avec deux compagnies, et ne laissez aucun repos aux rebelles que vous n'ayei puni leurs excès. Le com'e de Cabra pourra vous accompagner; c'est un Cordova , cl le monde entier le reconnaît pour un bon soldat. Allez; c'est en ce moment ce qu'il y a de mieux à faire.
MAMIIQUB.
Ces dispositions sont dignes de votre haute sagesse. Si la mort ne m'arrête, j'iurai bientôt reprimé leurs fureurs. LA helne.
Je ne doute pas du succès de l'entreprise, puisque c'est a vous qu'elle est confiée.
Ibaortéal.
SCtNE IV.
Uo boit fti» do Fonlovéjune.
Entrent L.\t'RËNClA et FRONDOSO.
LAUI\E.\CI.l.
Vrai, Frondoso, tu es bien audacieux, et j'ai laissé mon étendage à moitié pour qu'on ne s'étonnât pas trop en me voyant ra'cloigner de la fontaine. Il faut que je te gronde. Tout le monde jase : on sait que tu me parles, que je te parle, et chacun a l'œil sur nous I t comme tu es un garçon de bonne mine et te mettant mieux que les autres, il n'y a pas une fille au village, il n'y a pas aux champs un garçon qui ne soit prêt à jurer que nous allons nous marier ensemble, et qui no s'attende chaque dimanche h voir !•' sacristain publier nos bans au prôn»». Kt puissent tes greniers regorger de grains au mois d'août, et tes jarres élre pleines de bon vin, comme il est vrai que jamais pareille idée ne m'a occupée, ni donné plaisir ou peine, désir ou chagrin. FRONnoso.
Hélas I belle Laurencia, tes dédains me tiennent dans le plu» Iriste état, et si tes regards sont pour moi la vie, tes paroles me donnent la mort. Ne sais-tu donc pas que mon Tœu le plut cher
JOURNÉE I, SCÈNE III. i(rj
est d'être un jour ',on époux? et dois-lu récompenser de la sorte une foi aussi constante, une ardeur aussi pure?
LAURENCIA.
d'e ne puis pas te parler autrement.
FRONDOSO
Est-il possible que tu me voies sans pilié accablé d'ennuis t n'es-tu pas touchée de savoir que sans cesse occupé de toi je ne puis ni boire, ni manger, ni dormir? Comment tant de rigueur peut-elle se trouver avec une figure aussi angélique? — Vive Dieu ! j'en mourrai.
LAURENCIA.
Fais-toi guérir de cette maladie '.
FRONDOSO
Toi seule peux me donner la guérison. — Ah! que je serais heureux si je pouvais te becquotter comme un pigeon fait la colombe, quand l'Eglise nous en aura donné la permission î
Eh bien, parles-en à mon oncle Juan Roxo. Quoique je ne t'aime pas encore, il me semble que ça pourra venir.
FRONDOSO
0 ciel! que vois-jeî le commandeur!
LAURENCIA.
Il poursuit sans doute quelque daim. — Cache- toi dansées broussailles.
FROîtDOSO.
Et Dieu sait avec quelle jalousie !
Il »e cache.
Entre LE COMMANDEUR.
LE COMMANDEUR
Ma fui! ce n'est pas malheureux quand on poursuit un daim de rencontrer une si jolie biche.
LAURENCIA.
Fatiguée de laver, je me reposais un moment sous ces arbres. Maintenant, je vais retourner à la fontaine, si votre seigneurie veut bien me le permettre.
LE COMMANDEUR
Tu ne saurais dire, belle Laurencia, à quel point tes dédains sauvages nuisent aux grâces dont le ciel l'a douée. Ils seraient capables de t'enlaidir. Mais si tu as pu d'autres fois te dérober à mes prières, il n'en sera pas de même aujourd'hui; et cette solitude oili nous sommes te permet de m'écouter. Toi seule me traîtes avec cette hauteur, toi seule repousses un seigneur qui t'adore. D!s-mci.
Dans l'original, FrondoM) dit qtfiî enrage oo qu'il est enragé , et Lzurenc.a lui rëpond de se faire saluer. Les saludadores (ceux qui saluaient] e'taient des gens qui prc* tcuA'dicDl avoir le don de guërir la rage, l'ëpilepsie, etc-, etc., au moyen Je cti- '.j.iit* simagrées.
108 rOMOVl-JUXE.
Sébasticnnc, la femme de Pedro Rcdondo, ne s'eit-elle pas rendue
à ma poursuite? cl relie de M.irtiu dcl Pozo m'a-l-elle résisté?
Lune et l'autre pourtant n'étaient mariées que depuis quelques
jours.
LAURF.NCIA.
Celles-là, monseigneur, avaient appris avec d'autres l'art de vou» être agréables, et elles avaient écouté avant vous beaucoup de garçons du village. — Allez, monseigneur, Dieu vous fasse retrouver votre daim..... Si je ne voyais pas la croix qui orne votre poitrine, je vous prendrais pour un démon , tant vous êtes obstiné à me poursuivre
I l.E COMMANDEUR.
A la fin je perds patience. Je pose là mon arbalète, et je m'en remets à mon bras, à ma force, pour avoir raison de les minauderies*
LAL'IIENCIA.
Comment? que faites vous? perdez-vous la raison?
LE COMMANDEUR
Ne te défends pas.
Frondoso parait, cl so saisit de l'arbalète. FRONDOSO, à part.
Vive Dieu! je liens l'aibalète, et ce n'est pas pour la porter lur son épaule.
LE COMMAMDBUn.
Finis-en donc; rends-toi.
LAURRNCIA.
Cieux tout puissants, secourez-moi!
l.ECOMMWDELR.
Que crains-tu? nous sommes seuls.
FllOMM)SO.
Illustre cominandour, laissez celle lillc. Autrement, malgré mon respect |»our votre croix, elle sera le but où. dans ma cDlère, je Itncc ce irait.
LE COMMANnEUn.
Vilain chien!...
FRONDOSO
Tant que vous voudrez! Fuis, Laurcncia.
LAt'RBNCIA.
Frondoso, prends garde à ce que lu fait.
FRO.NDOSO.
Sois tranquille. Ya-t'en.
LK COMMANDEUR
Maudite soit mon étourderic! Je n'ai pas mon épée Je l'ai laissée pour qu'elle ne me gônAt pas dans mes courses.
FRONDOSO
Ne bougez pas, monseigneur ; sans quoi je lâche la détente, ^ iint pis pour vousl
JOURXCE IJ , SCC.NE I. 109
LE COMMANDEUR
Elle esi parn'v} a présent, infâme traître !— Kcncrs-mor sur-fcchamp rarbalctc. Rends-la, \Hain.
FKONDOSO.
Oui-dà, pour que vous me tuiez — Songez, je vous prie, monseigneur, que l'amour est sourd, et qu'il n'écoute rien quan 1 il sent sa force.
LE COM.MANUEUR.
\A\ quoi! un homme comme moi sera-t-il obligé de fuir devant un pareil drôle I... Tire, misérable, tire ; et prends bien garde de me njanquer; car j'oublierais que je suis chevalier.
FROXDOSO.
Pour moi je n'oublie pas qui je suis ; mais, afin de ne pas exposer ma vie, je m'en vais avec cette arme.
îl son.
LE COMMANDEUR
P^trange et cruelle situation !... I^Iais je me vengerai et de linsuite et de ce qu'il m'a fuit perdre la meilleure occasion... Comment ne me suis-je pas précipité sur lui? — Vive Dieu! j'en rougis de honte.
JOURNÉE DEUXIÈME