FR0.\C3S
Le pauvre Mengo s'entend mieux en étrÎTières qu'en couplets.
MBXGO.
Eh I mon Dieu, entre nous, il en est tel autre qui, dans la vallée...
BARRILDO.
Sur ta vie, Mengo, tais-toi. Ne parlons pas de ce barbare , de ce brigand qui déshonore le pays.
UENGO.
Qu'une centaine de soldats aient roussi à me nagcllcr, moi qui n'avais que ma fronde, il n'y a rien là d'étonnant; mais comment concevoir qu'un honnête homme, que je n'ai pas besoin de nommer, se soit résigné à avaler une médecine mêlée d'encre et de gravier?
DAIIKILDO.
Il le faisait pour rire, sans doute?
MENGO.
il n'y a rien de risibic dans une médecine, même dans les meilleures. Et pour moi, plutôt que d'en avaler une, surtout comme celle-là...
FRONDOSO
Allons, je t'en prie, dis-nous ton couplet, si toutefois il est raisotmable.
KE^ico, chantant.
Que ces époux toujours amants Vivent deux mille ans En Lonnc harmonie.
Et qu'après ce temps Ils meurent contents El soient enterrés en cérëmoaie.
BARRILDO.
Peste soit de toi et de ton couplet 1
FRONDOSO
Au moins il a été bientôt fait.
MENGO.
Voulez-vous que je vous dise ce que je pense des poêlea? — N'avcz-vous pas vu un marchand de beignets' jeter des morceaux de pâle dans l'huile bouillanlc jusqu'à ce que la poêle soit remplie? Les uns sortent de là enflés, de bonne mine, bien colorés ;les autres boiteux, bossus, éclopés, brûlés. Eh bien, il en arrive de même au poêle qui travaille sur un certain sujet, qui est ce que j'appellerai <a pâle. 11 va jetant à la hâte ses vers dans la poêle du papier, espérant que le miel de la rime couvrira tous les défauts^; mais lorsqu'il vient à les exposer sur son évenlaire, personne n'en voiit. et ib ne peuvent être avalés que par celui qui les a faits.
' Bt bunoUro,c'c»\. noD-scnlcmcnt celai qui vend les bcignc(s, mais ccl li ijin us faik * Encore «ujnurJ'hui, en B^ipagne, on emploie le miel pour iucrer le» beignet*.
JOURNÉE II, SCÈNE V. tW
BARRILDO.
Laiise ces folies. Écoutons les mariés.
ijkCRF.NCiA, à Juan Roxo.
Donnei-nous vos mains à baiser.
JUAN
Les voilà, ma fille. Demande à ton père les siennes pour toi el |)our Frondoso.
ESTÉVAN.
Mon ami, prions Dieu plutôt qu'il étende sur eux sa main puissante et les bénisse.
FRONDOSO
Bénissez-nous l'un et l'autre.
JUAN, aux Musiciens.
Allons, chantez, à présent qu'ils sont unis.
MUSICIENS, chantant.
Dans la vallée de Fontovéiune Courait une jeune fillette Poursuivie vivement Par un chevalier de Calatrava.
Honteuse et troublée.
Elle se cache derrière un arbre, Feignant avec malice Qu'elle ne l'a point vu.
Pourquoi donc te cacher, trop aimable bergère ? Pourquoi fuir le regard du chevalier qui l'aime?
Le chevalier s'approcha, S'approcha pour lui parler.
Elle, plus troublée encore.
Se cacha derrière un épais taillis.
Mais comme un homme amoureux Traverse aisément mers et montagnes,
Le chevalier franchit la haie E.) parlant ainsi d'une voix tendre :
Pourquoi donc te cacher, trop aimable bergère ? Pourquoi fuir les baisers du chevalier qui t'aime?
Enlrtnt LE COMMANDEUR, FLOREZ, ORTUNO et CIMBRANOS. LE COMMANDEUR.
<Juc la noce s'arrête, et que personne ne bouge.
JUAN
Ce n'est point un jeu, seigneur, et nous sommes prêts à vous obéir. — Voulez-vous qu'on se range pour laisser passer votre troupe î Quel est le succès de votre expédition? Êtes-vouf vainquear? mais puig-je en douter?
FRONDOSO, à part.
Je suis perdu. 0 ciel! délivre-moi !
128 F()NTOVK.IIi.\i-:
LAUHENCIA.
Fuis de ce côlé, Frondoso,
Ll COMUANDEUR.
Non, il n'échappera pa». Qu'on l'arréle! qu'on l'alLache' Ilends-loi, mon fils; va en prison.
FRONDOSO
Vous voulez donc qu'il me tue?
JUAN
lit pourquoi î
LB COMMANDEUR
Je ne suis point homme à faire périr perfonne sans sujet. Si tel eùl Clé mon désir, il serait déjà mort. Mais j'ordonne qu'il Mil conduit en prison, et son père prononcera lui-même la peine qu'il a
méritée.
l'ASCALE.
Songez, seigneur, qu'il se marie.
LE COMMANDEUR
O'ie m'importe son mariage? est ce qu'il n'y a pas d'autres jeunet gens dans la ville?
S'il vous a offensé, pardonnez-lui. Ce sera plus digne de tous.
LE COMMANDEUR
Ce n'est point une offense qui me soit personnelle, Pascaie. t, est Icgrand-niatlre, l'ellez Giron (que Dieu conserve!) qui a clé outragé; c'est l'ordre de Calalrava tout entier qui a été insulté dans son honneur, et pour l'exemple il faut qu'un tel crime soit puni Sans cela, on verrait au premier jour lever contre noire ordre l'étendard de la révolte; car vous n'ignorez pas qu'un soir, ce Frondoso, ce loyal vassal ne craignit pas de diriger une arbalète contre le commandeur mayor de Calalrava.
ESTÉVAN.
SI mon titre de beau-père me donne le droit de le défendre, je vous dirai qu'il n'est pas étonnant qu'un jeune hontme amoureux se soit emporté dans une folle occasion. Vous >ouliez lui enlever sa femme; ne devait il pas la défendre?
LB COMMANDEUR
Alcade, vous êtes un sot.
BSTl^VAN.
Monseigneur, vous avez approuvé mon élection.
LB COMMANDEUR
Jamais je n'ai pu vouloir lui enlever sa femme, puisqu'il n ëtaix pas marié.
KSTéVAN.
Pardon, seigneur, vous l'avez voulu. Mais il suffit. Nous »-voni maintenant eu Castillc des rois qui mettront ordre à tout , et qui.
une rois qu'ils auront vaincu les rebelles qui osent leur résister, ne permettront pas sans doute qu'il y ait dans les villes et les villages des hommes assez puissants pour porter des croix aussi grandes. Que notre roi place sur sa royale poitrine ces nobles insignes qui ni sont point faites pour d'autres.
LE COMMANDEUR
Holà! qu'on lui ôte la vare.
KSTÉVAX.
Reprenez-la, seigneur, et que ce soit à la bonne heure.
LE COMMANDEUR
Eh bien , je l'en frapperai comme un cheval vicieux.
Il le frappe ESTÉVAX.
Vous êtes mon seigneur et je dois le souffrir. Frappez.
PASCALE
Quoi! vous maltraitez un vieillard?
LAURENCIA.
Vous le frappez parce qu'il est mon père. Vous vous vengez sur lui.
LE COMMANDEUR
Emmenez aussi cette insolente, et que dix soldats la gardent.
Il son avec ses hommes d'armes, qui emmènenl Froniloso et Laurencis. ESTÉVAN.
0 ciel! justice! justice!
n sort.
PASCALE
La noce s'est changée en deuil.
Elle sort.
Eh quoi ! il n'y en aura pas un de nous qui parlera ?
HENGO.
Pour moi j'ai mon compte ; je me tiens pour satisfait *. Si d'autres ne le sont pas, ils n'ont qu'à le lui dire.
JUAN
Eh bien, parlons, parlons tous!