ACTE I, SCÈNE II. i!f
LUCINDO.
Pour te rassurer, voilà ma bourse.
TRISTAN
Bon! mais ne tous avisez pas non plus de lui donner votre chaîne.
LUCINDO.
Ce ne serait pas la peine d'y avoir fait mettre des garnitures
neuves.
TRISTAN
Otez-vous-la , je vous en conjure sur ma vie.
LUCINDO.
Prends-la donc, et garde-la bien.
TRISTAN
Ne vous Tâchez pas non plus si je vous demande ces deux bagues.
LUCINDO.
Tiens donc. Les voilà encore.
TRISTAN
C'est que , voyez-vous , ce sont des pierres précieuses. Et quand ou dit que les amants jettent des pierres par les rues, on veut dire des pierres de cette espèce; car il y a des femmes qui sont des hydres qui vojs avalent ces pierres-là fort gentiment.
On a coutume de dire cela quand on parle d'amants inconsidérés, de niais ou de fous.
TRISTAN
On donne encore à cela un autre sens : c'est qu'un homme qui rend des soins à des créatures de bas étage, jette des diamants dans la rue.
LUCINDO.
Pour mci , je vais sans diamants , sans argent et sans chaîne.
TRISTAN
Ne vous en plaignez pas ; car si elle est une mer dangereuse , vous avez eu raison de vous dépouiller sur le rivage avant de vous y confier. Marchons.
Lucindo el Tristio sorteot