Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]
Après avoir joui de son vivant, dans toute l'Europe lettrée. J'une réputation sans égale, Lope de Vcga a vu bientôt celle réputation décroître et tomber, non-seulement chez les étrangers, mais dans sa propre patrie; et aujourd'hui même, alors que les amis de l'art, revenus partout des préjugé-* nnliojaux, étudient avec admiration ses rivaux et ses disciples, c'est à peine si l'on accorde à son nom quelques vains éloges, qui sont presque un outrage après tant de gloire. 11 y a là, selon nous, une injustice do l'opinion vraiment inexplicable, et qui doit enfin cesser. Le lecteur partagera sans Joute noire conviction s'il veut bien achever cette notice.
Nous allons d'abord raconter la vie du poêle.
La vie de Lope de Vega est encore à écrire, Montalvnn, le disciple et l'ami du poêle, a laissé le panégyrique de son maître et non pas son histoire. Tous les biograf)hes espagnols ou étrangers venus aprs Montalvan l'ont copié. Pour nous, sans dédaigner quelques détails curieux, quelques souvenirs intéressants rccueillis^ans la Fama postuma •, c'est h F.ope lui-même que nous avons de préférence demandé pos rense^ gnemenls; nous avons soigneusement consulté ses préfaces, les dédicaces, ses poésies diverses, et en particulier ses épîtres ; et, forts de nos recherches, nous ne craignons pas d'annoncer enfin une biographie qui aura du moins sur les autres cet avantage, qu'elle sera plus exacte et plus complète.
Vers le milieu du seizième siècle, au village de Carriedo, capitale de la charmante vallée qui porte ce nom et fait partie de la province appelée la Montagne de Burgos, vivait avec sa
• Ouvrage de Montalvan composé en l'honneur de Lope el publie ea î»:-*. l-îoi'lM' s mois après la mort du poète-
ij NOTICE SUK LOPK DE VEGA.
r^mmcclson lils un brave genlilliomme, un Iiidalgo nommé Frlix de Vcga, Icfjuel parlageail son temps entre le coj'.e liei bclles-lellrcs cl les soins qu'exigeait son pelil (ioniainc héréditaire. Or, noire don Félix avait, à ce qu'il parait, des passions fort vives : étant venu à s'éprendre d'une belle dame, il lai>sa là sa femme et sa province, et s'enfuit avec son Hélène à Madrid. Mais réponse abandonnée, Francisca Fernandez, qui dcscendail probablement de ces vaillantes Asluricnnes qu'ont célébrées les trouvères cspagno's, se mit à la poursuite lîu couple fugitif, el l'ayant rejoint, reconquit sur sa rivale s m mari volage. De celle réconciliation naquit notre pocte. C'est par allusion à ces événements que lui-même s'est appelé t enfant de la jalousie '.
Lope Félix de Vega naquit à Madrid, prés la porte de Guadalaxara, le 25 novembre 15G'2, jour de la fêle de san Lope, évoque de Vérone, dont on lui donna le nom, suivant un usage espagnol. Sa naissance précéda de dix-huit mois celle de Shakspeare.
S'il faut en croire Montalvan, Lope enfant fut véritablement et sérieusement ce que l'on appelle d'ordinaire un prodige. 11 n'avait pas encore detix ans, que déjà dans l'éclat el )a vivacité dr ses yeux se révélait un esprit infini. 11 étudiait jivant de sav( ir parler, el au défaut du lartgage, il exprimait ses pensées jiar î«on action et sa pliysior.^nuc. A l'ùge de cinq ans^ il comprenait la latigue latine et faisait des vers espagnols ; mais comme il était encore inhabile à les écrire, il les dictait à ses camarades, dont il payait le travail avec le paii* de SCS déjeuners, et ensuite lui>mémc, dit-on, échangeait ce.« petites |>rodticlions poétiques contre des jouets el des images N'y a-l-il pas quelque cln)se de charmant à voir ces goùis enfantins unis a un génie si précoce?
Au sortir des premières écoles, le jeune Lope fut placé au collège impérial de Madrid, où il apprit en deux années la grammaire et la rhétorique. Vers l'ûgc de onze ou douze în<, il composait, luimôu.c nous l'apprend, de petites comédies dans la forme espagnole antique, en quatre actes fort couits. Et conjmc si ces divers travaux n'eussent point sufli à cette
' Les passages uiiprimés en caractères itati(^uei aa renfermés entre des ^niiioiiictf, e; cioni nous n'indiciuons pas ta source, sont traJuils lillcralciucnl 4«s cpilrei