‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 100 sur 150 · ACTE 1, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE V

toutes ses forces à conquérir l'Inde, ce qui est d'un avantage si incertain, et qui juge si difficile la conquête que je lui propose ! Et le roi d'Angleterre qui ne veut pas consacrer à cette entreprise deux navires et une centaine de soldats, qui viendraient avec noui pour la curiosité de voir une nouvelle terre !... Eh bien, vive Dieul je n'en crois pas moins qu'elle existe. Ma conviction n'en est pas moins entière.

PINZON

Mon pauvre Colomb, vous voilà bien désolé.

COLOMB

Hélas I tout secours , toute protection me manque.

PINZON

Je vous ai conseillé de vous adresser au roi Ferdinand et de donner à ma patrie, à mon roi, cette augmentation et cette gloire» et vous négligez tous les moyens d'arriver !

COLOMB

J'ai déjà fait une tentative; mais c'a été pour tous une occasion de me railler. Tous disent, de manière ou d'autre, que ce nouveau monde , s'il existe , ne saurait être habité, lis allèguent l'exemple de l'Ethiopie, dont les habitants, quoique moins rapprochés du so-> leil, sont par lui brûlés.

BÀ&THiLEMY.

A qui donnerons-nouf !• projet, puisque chacun le déclare im* {)ralicable?

COLOMB

Seul le trésorier en chef * Alvaro de Quintanilla a mieux pris cela que les autres. 11 est vrai qu'il n'y a peut-être pas en Castille un autre personnage qui ait autant d'intelligence et de mérite. C'est lui qui a composé les règlements de la Sainte-Hermandad^. Lui seul m'a écouté avec quelque faveur et m'a paru disposé à me croire ; car un esprit supérieur croit aisément aux grandes choses, 11 m'a adressé au cardinal deMendoce. Celui-ci a été fort bon pour moi, a approuvé l'entreprise , et en a dotiné communication au roi Ferdinand. Moi-même j'ai vu le roi Mais, en définitive, il a répondu qu'il était absorbé par le siège de Grenade ; qu avant de •'occuper d'autre chose il fallait qu'il eût pris cette place, et que jusque-là ce serait folie d'aller chercher au loin un pays incertain. Enfin il m'a laissé, comme vous voyez, dans le mâme dénûmenl et sans beaucoup d'espoir. — 0 Dieu l dire qu'il n'y a pas un roi qui veuille un nouveau monde et tous les trésors que cette main lui donnerait!

El contador mayor.

* Nous aTODg cru devoir conienrer celle locution semi-rrançaite et temi-e«pagnol* tmilière à tous les lecteurs de le Sage

PINZON

Attendez que les Mores de Grenade se soient rendus, et comptei •ur le roi catholique. Faites ce bien-là à l'Espagne.

COLOMB

Non! j'aime mieux partir. Moi aussi j'ai besoin de repos. Allez donc tous deux préparer nos effets. — Pour moi , je vous attendrai ici , tout en parcourant ces cartel et m'amusant avec mon compas.

BARTHéLBMT.

Ne Ta pas, selon ton habitude, t'enfoncera mille lieues dans tet réTeries; et puisque tu es décidé à revenir à la maison, et que lu renonces à ton projet, pourquoi t'en occuper encore? Pourquoi cet plans , ce compas ?

Btrlhëlemj et Pïdzod torteni. Colomb, awii et le compas à U maia, considère «Uns mae

profoode altenlion une ma|>i>emoode.

COLOMB

Je vais les attendre assis au pied de ce chénc. — La terre et l'eau font un niveau égal.... La terre est de forme sphérique , comme le prouve l'ombre de la lune dans les éclipses, cl l'immobilité du globe au milieu de l'univers '. Cinq zones la partagent comme les cercles partagent la sphère : la région équinoxinle, les pôles et les tropiques. Les zones froides sont habitées, quoique médiocrement. Les zones tempérées sont d'un léjour aimable et facile. Celle-ci, qui est au milieu, et placée sous les tropiques , est constamment frappée par les rayons d'un soleil ardent, et elle parait à nos yeux inhabitable. Mais le ciel m'inspire le contraire; il me dit qu'il doit y avoir là des êtres humains , et que notre p61e a des antipodes.... Mais à quoi bon me fatiguer incessamment sur la môme pensée? Le pauvre, ({uel que soit son génie, ne devrait jamais s'abandonner à ces hautes spéculations ; car il a beau se sentir des ailes, la nécessité, comme une pierre pesante, le retient invinciblement attaché à la terre.

Entre L'IMAGINATION. Elle descend d'en haut, et elle Cil velue d'habiu aux couleurs éclata nies et variées.

l'imagination.

A quoi penscs-lu, Colomb? Pourquoi promener ainsi ton compas sur ces cartes?

COLOMB

Qui es-tu , toi qui m'interroges ?

l'imacinatio.'V.

Ta propre imagination.

• Il faiil »e rapprlor qu'i l'^poqnr do Colomb on ne connairaait pM encore le wi«mfment de la terre, qui ne fut proclama .in'mviron un gièclc et déni pini Urd par Galilée. La pièce mAme de Lope fut composée quinie on vingt ana avant cette inportaute ié- •oaverte.

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