‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 110 sur 150 · FRÈRE BU¥L · texte numérisé non relu

FRÈRE BU¥L

Au nom du ciel , arrêtez.

ARANA

A la mer ! et là, s'il veut, il se transformera en poisson , cnmwe celui qui, à force de nager, finit, dit-on, par se métamorphoser de la sorte.

FRÈRE BUTL.

Si Dieu permit que Jonas fût jeté dans la mer. ce fut narce qu'ïi ne s'était pas conformé à ses ordres, il n'en est pas amsi oe Colomb.

TERRAZAS.

Et pourquoi ?

FRÈRE BUTL.

Colomb, lui, obéit à Dieu, de qui lui est venue cette inspiratioo, et il marche où Dieu l'envoie.

PINZOIf

• Laiise2 donc, père; il ne nous a emmenés avec lui que pour nons perdre. S'il avait eu une inspiration d'en haut , Dieu luimême, pour qu'il accomplit sa volonté, lui aurait indiqué ia terre promise, comme il fît pour Moïse et Aaron.

FRÈRE BUYL.

Prenez garde l ceux qui en révoquèrent l'existence en doute ne purent pas ensuite en jouir.

ARANA

Ainsi donc, il nous faut errer quarante années sur les men?

FRÈRE DUYL.

Ceux qui surent souffrir arrivèrent.

TERRAZAS.

Vive Dieu! voilà qui est plaisant l... S'ils souffrirent, du inoinf ils mangeaient, ils avaient la manne pour apaiser leur faim. Ici tout nous manque, et nous serons bientôt réduits à manger le bois du vaisseau. Encore si c'était Dieu qui nous eût fait cette promesse, on pourrait supporter la faim et la soif... Mais comment 4;roirc à cet homme, qui est tout au moins un rêveur?

COLOMB

Celui qui sait attendre avec patience voit facile le but le plus difficile à atteindre.

PINZOX.

Eh bien, s'il faut que nous attendions, allons, nouveau Stolse, dessèche la mer au moyen de la baguette ; fais, comme lui, jaillir une source qui puisse arroser l'Oreb , et nous passerons comme les Hébreux le désert de Kapliidim >. Mais sans nourriture, sans eau, «t loin de la vue de la terre, nous sommes destinés à périr.

COLOMB

II est temps que celte révolte finisse. Considérei l'exemple de tous ces hommes qui en souffrant volontairement les plus durs travaux sont arrivés, malgré leurs ennemis, au comble de la prospérité. Voyez Argos , voyez Ulysse.

PI.NZON.

Pour Dieu ! vous aussi , voudriez-vous nous métamorphoser en bMes t

COLOMB

Laissez cela, Pinzon, ne me tourmentez pas. C'est vouf qui m'é" tonnez le plus* car vous, avec votre expérience, vouf savez bieo Gve le ne vous trompe pas.

riNzox.

Si fait, il nous trompe. — Halte ! en Espagne !

TKRRAZÂS.

Halte 1 mature ^I

Pourquoi tant désirer l'Espagne ?

ARAIfA.

Elle est noire Egypte à nous. Si lu ne veux pas que nous j retournions, donne-nous quelque nourriture; fais-nous voir un nuage, un oiseau.

• Voycx VExode, chap. xvu.

* Alto, maettrû.

Cei nioti l'adressent au piloU.

ACTp. II SCÈNE I. 243

TERRAZAS.

Débarrassons de lui le navire.

ARANA

A la mer! à la mer!

barthi:lémy.

Un moment! arrêtez !

ARANA

Laisse-nous, Barthélémy.

BARTIlÉLEMl.

Je ne souffrirai point (juc l'on tue mon frère.

ARANA

Il n'y a pas de milieu. Qu'il nous fasse voir la terre, ou ccus lui ferons voir la mer de près.

riNznx.

Et où voulez-vous qu'il trouve la terre? Son esprit bizarre, et semblable à un moulin à \ent, a rêvé un monde impossible, et. c'est ce monde qu'il veut découvrir. Qu'attendons-nous davantage?' À la mer l

COLOMB

Arrêtez î écoutez, je vous prie, un seul mot.

ARANA

Dites-en dix, dites-en vingt. Mais vous en diriez mille , que vou* ne réussiriez plus à nous tromper.

COLO.MB.

Si d'ici à trois jours je ne vous ai pas montré la terre, je me livre à vous , tuez-moi.

TERKAZAS.

Quoi ! vous persistez ?

BARTHELEMY

Le délai n'est pas si long. Vous pouvez bien attendre jusque-là. .

FRÈRE BUYL.

Au noraduciel, Espagnols, accordez-moi trois jours encore, et l'on vous montre: a les nuages colorés d'un autre horizon.

ARANA

Et sans doute un autre soleil ?

FIŒUE IMYL.

Allons, fai'.e.s cela pour moi.

AKA.NA.

£h bien, qu'il en soit ainsi : encore trois jours.

TERRAZAS.

Voici un bon levant.

COLOMB

Qu'on hisse les vergues, et qu'on fasse jouer la pompe ! {A part,} Seigneur, Seigneur, souvenez-vous de moi I

Le navire disparaît au miKei «M* wwt

244 LA DÉCOUVERTE DU NOUVEAU MOiNDE.

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