ACTE II), SCÈNE î
chaîne avec un hamac et dix Indiens qui m'emporteront en courant. Si vous daignez me conduire jusque-là, je vous ferai des présents fii riches et en tel nombre, que dix chevaux d'Espagne ns pourront pas les porter. Je vous donnerai de beaux arcs, des boucliers doublés de peaux de bêtes ou d'écaillés de poisson, des casques ornés ^ de plumes magnifiques et recouverts de feuilles d'or. Je vous donnerai vingt boucliers et vingt casques. Je suis femme, et en cette qualité je puis demander la protection d'un homme, surtout d'un homme vaillant; je puis lui demander qu'il ait pitié de moi et qu'il m'aide à retroL'\er mon époux.
TErtRAlAS.
Il suffit, Tacuana; suis moi et sois sans crainte. En te voyant sous ma protection, personne ne songera à te faire la moindre offense. Je sais que Dulcan t'opprime et ne veut pas te rendre à ton mari ; mais tu le reverras aujourd'hui. Quant à les présents et à ton or, garde tout cela; garde-le pour en broder un riche ham«c où tu reposes.
TACUANA.
Que le cici te protège, généreux Espagnol '
TERRAZAS.
L'amour a entendu ma plainte. {A demi-voix.) Tu as entendu, Arana?
ARANA
Où mènes- tu celle femme?
TERRAZAS.
Et où veux-tu que je la mène, sinon en un lieu où je puisse me cnnsoler avec elle de mon long veuvage? Me crois-tu donc de marbre?
TACUANA, à part.
Cet Esfiagnol, je le vois maintenant, n'est pas un dieu. S'il était un dieu, il aurait deviné mes sentiments, il aurait deviné l'amour qui m'a conduite vers lui. Je n'ai inventé cette ruse que pour me donner à ses désirs, et lui, il pense qu'il me va posséder malgré moi!
TERRAZAS.
Partons, belle Tacuana.
TACUANA
Je voudrais savoir ton nom.
TERRAZAS.
Kodrigue.
TACUANA.
Tu ne me trompes pas ?
TEHRAKAS.
Tu aurais tort de le croire. Je me nomme Rodrigue, et mon nom de famille rsl Terraza».
TACUA^JA
Es tu noble ?
268 LA DÉCOUVERTE D\] XOUVKâ.U MONDE.
TEUnAZAS.
Tous les Espagnols le sont.
TACUANA.
Tu n'useras pas de violence à mon égard ?
TBRRAZAS.
Jamais.
TACUANA.
Donne-moi la main*.
TERRAZAS.
La voilà, (i parf.) Serment d'amourn'est pas obligatoire. {Ilaut.) Parlons.
Il sort avec Tacuana.
ARANA
Suis-je assez malheureux! — Tous ici, jusqu'au dernier matelot, ont quelque amourette, et moi seul n'en ai pas, et je meurs d'ennui.
Enlre PALCA.
PALCA.
Espagnol, est-ce que Tacuana n'était pas ici tout à l'heure
ARANA
Oui, belle Palca. Tu la cherches donc?
PALCA.
Je ne suis sortie que pour cela. Dulcan s'est aperçu qu elle avait disparu, et il fait retentir son palais de ses cris. AH AXA, à pan.
Il faut que cette femme soit à moi, dussent en enrager tous let Indiens. {Uaut.) Que caches-tu dans ton sein, Palca? Voyons.
PAUA.
Je n'y ai point d'or.
ARANA
Ce n'est pas non plus ce que je désire. J'aime mieux ta poitrine charmante; et je ne cherche point de l'or quand j'ai un trésor sous ma main.