‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 21 sur 150 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Cne campagne deraiil le motilin.

EnirenlMELAMPO n TVMinn

TAMIRO

fomment est-il possible qu'elle en soit drja venue la avccluif

• Otl martes ttngo harta parte

Que luf desdxthat m< dià.

Le mirdi, en Kipagni? • *s»c poiir on jour nëfistc, connnK', choi noui, te Fes(ir«dL

MELAMPO.

Je te dis qu'elle s'est amourachée de lui à tel point qu'elle en a perdu l'esprit.

TAMiao.

Elle m'a eu bientôt oublié.

MELAMPO.

Toutes les femmes sont les mêmes.

TAMIRO.

Ce n'est pas l'embarras, je n'ai rien à lui reprocher. Je me suis marié, contre son gré, avec Dalisa ; c'était un motif suffisant pour qu'elle ne pensât plus à moi. Je ne puis me plaindre qu'elle en aime un autre par désespoir.

MELAMPO.

J'entends bien que cela la disculpera avec toi ; mais avec moi elle n'a pas d'excuse. Toi parti et marié, c'était moi qu'elle devait écouter. Voilà deux ans que je l'aime; et après m'avoir si longtemps détesté pour toi, elle aurai», dû recevoir mes vœux, et non pas me dédaigner encore pour ui: homme arrivé d'hier. — L'ingrate qu'elle est, elle me le préfère, elle le chérit, elle l'adore, — et j'en mourrai.

TAMIRO.

Depuis quand est-il au moulin ?

MELAMPO.

Il y a un mois environ qu'il est tombé à la maison, pour moD malheur.

TAMIRO.

Comment s'appelle-t-il'

Martin.

D'où est-il ?

De Belmirar.

Est-il bien ?

MELAMPO.

TAMIRO.

MELAMPO.

TAMIRO.

MELAMPO.

Beaucoup trop bien, ma foi, hélas! — C'est un homme qui donnerait de la jalousie non pas seulement à des paysans, à des laboureurs, mais aux plus beaux seigneurs de la cour. Avec sa casaque de grosse bure, il est si bien fait et il a de si bonnes manières, que par momens je suis tenté de croire qu'il est un grand personnage. H est bien de figure, il est courtois ; il joue de la guitare en perfection, etil danse comme un maitrc. Puis il lance labarreàune licub^;

' La barre csi une b.irre de îcr longue d'environ deux pieds cl de la grosseur du Lra». —Il est souvoni question de rc jeu, qui pourrait bien élre d'origiae romaine, dans te» BCiennes chroniques et dac« le» vieilles romaa^>«s ct[>agnolcs.

^8 LE IrtOLLlN.

et s'il monte sur un cheval, il le fiât si bien galoper ou voler que l'on dirait un oiseau. Puis il est fort comme un taureau, Jdger comme une chèvre, et il parle avec une grâce telle que chaque mot qu'il dit vaut son pesant d'or. — Quand je considère tout cela, moimême je suis prêt a excuser Laura.

TAMIRO.

S'il est tel que tu me le dépeins, mon rival, je ne lui en veux plus. F.t si un homme qui ne le connaît pas l'aime sur sa rdputAtion, je disculpe la Tenime qui le connaît et qui l'aime. — Tiens, Melampo, d'arniiié, suulfrc patiemment ta peine, puisqu'elle le laisse pour un qui vaut mieux que loi.

UELAUPO.

Je devrais sans doute me consoler de ce qu'elle me laisse pour un autre qui est plus digne d'amour, mais la jalousie que j'en ressens m'en empêche. Au contraire, cette raison-là même augmente mon tourment, parce que s'il n'était pas si aimable, je pourrais mieux espérer qu'elle se fatiguerait de lui plus aisément et qu'elle m'aimerait à mon tour.

Entre LERIDAKO.

LiaiDA.'fO.

Où est donc Tamiro?

UBUIMPO.

Voici Leridano qui te cherche.

LERIDANO.

Ha! bal teToUà, mon galant! Sois le bienvenu.

TAMIRO.

Oh! not' maître M

LBRIDANO.

Tout le monde, à la maison, était en peine de loi. Il y a un mou qu'on ne sait plus de les nouvelles. Parce que le voilà marié, ce n'est pas une raison pour oublier ainsi les maîtres. — Mais comment va la femme?

TAUIRO.

Bien, not' maître, à votre service.

LERIOAMO.

C'est un bon métier, n'est ce pas, et commode, que de no pas travailler?

TAMIRO.

Un mois, — ce n'est pas trop. — Mais, pour cela, je ne vous ai pas oublié, et, en preuve, c'est que je vous apporte un sac d'olives.

' M. de Chalcauhriand a remarque avec rtiton (vnyrs U Dernier Abencerrage) qu'on F»paj;nc, »'n grncral, la lingue du |ia\saii c»l la même que ci-llc du prand icigncur. Ce- |)rniiani, méim- snni |)arlrr drs dialeclc* ou patois proviociaui, les paysans csp.ignoU ont ccriainos manioros do dire qu'on ne relrouve pas dans les clauses ëlcvcos. Tell» serait l'ospéce d'e/wion que le loxie présente ici : Àuesamo i>our nueetro ojwo, et qM aoos arons reproduite fidcltncot.

LERIDANO.

Tu les as cueillies?

TAMIRO.

Eh! non, c'est de la dot.

LERIDANO.

Très-bien, très-bien, par Dieu!

TAMIRO.

Et un autre de bons glands ^.

LERIDANO.

A merveille, mon garçon ! — Allons, viens çà ; je veux que Laurt le voie avec ton chapeau et ta veste neuve.

Entre LAURA.

MELAMPO.

11 n'est pas besoin de l'aller trouver, la voici qui vient.

TAMIRO.

Bonjour, Laura.

LAURA

Ne m'approche pas.

LERIDANO.

Elle est toute troublée de te voir avec tes habits de gala.

TAMIRO.

Tu ne veux donc pas m'embrasser ?

LAURA

Moi, que j'embrasse des hommes mariés !

LERID\NO.

Allons, GUette, pas de façons.

TAMIRO.

Oublie, je t'en prie, nos querelles passées. Je n'en suis pas moins sûr pour cela. A présent, je t'aime uniment et de bon cœur; cl Je t'apporte deux cruches pleines de miel et de confitures, ainsi qu'un fromage tout entier.

LAURA

11 faut donc absolument que je t'embrasse? {Bas, à Tamiro.) Je te déteste.

TAJ».1R0.

Embrasse-moi, Laura. [Bas, à T aura y en l'en^brassant.) N'aie pas peur, je ne te serrerai pas trop fort.

Eiilre LE COMTE.

LE COHTB , à Meiampo, Que Dieu les bénisse 1

Elle lui donne le baiser de bicOTenoe.

UELAMro, au Comte.

« Qui bien aime, tard oublie. »

' Il y a en Espagne des glands qui ont an goût assez scmbluble à celui d« ooa marro» •( qa on mange crus ou relis.

LE COMTK.

Le proverbe a été fait exprès pour eux.

TAMinO.

Ne serait-ce pas là, par hasard, Mariin, le nouveau garçonT

LB COMTB.

Oui, c*e8t moi-même.

TAMIRO.

Je suis votre afTeclionné.

LB COUTB.

Moi, je suis votre serviteur.

TAMIRO.

Vive Dieu! vous avez l'air robuste.

LB COMTE

Mais je le suis passablement. Je soulève sans peine un bon sac. Si vous voulez parier avec moi un réal, ou si quelqu'un ici veut parier pour vous, je vous donne deux pas d'avantage à la barre ou à la pierre.

TAMIRO.

11 y a un mois que je vous en aurais donné trois, et non pas ae\i\; mais à présent je ne pourrais pas soulever une paille.

LB COMTE

Comment I un mois de mariage vous aurait affaibli k ce point?

TAMIRO.

Je ne me sens plus la même vigueur. Cela vous change bien un homme d'entrer en ménage I

LBHiDANO, au Comte.

En voilà asser, Martin. Ce n'est pas le moment de discourir. Le» sacs sont-ils chargés?

LB COMTB.

Nous en avons six sur trois mules. A qui dites-vous qu'ils sont destinés?

LBRIDANO.

A la duchesse Celia.

LB COMTE

Je n'ai pas autre chose à faire qu'à les remettre en sa maison ?

LBRIDANO.

Rien de plus.— Vcnex, mes enfants, l'heure du dîner se passe. — Melampo, cours dire que l'on apprête l.i table. MBLAMPO, avec dépit.

Oui, pour célébrer l'arrivée de Tamirol

Mclampo «ort.

LERIDAMO.

11 ne cessera jamais de grogner.— Marchons, Tamiro , nous avons à causer ensemble.

TAMIIIO.

Je ne hais pas de cau>er en mangeant.

Leridaao el Tamiro torteol.

LAURA

Eh bien! où en sommes-nous?

LE COMTE

Je m'en vais.

LAURA

Attends un moment.

Non, je pars.

LAURA

Je t'en prie, Martin, tourne un peu les yeux vers moi. Ce sont deux flambeaux qui m' éclairent.

LE COMTE

Tu ferais mieux de dire deux ruisseaux qui doivent pleurer me* ennuis.

LAURA

Qu'as-tu donc?

LE COMTE

Dieu le sait, car je t'ai trouvée embrassant un homme qui a été ton bon ami. Je viens de m'assurer par expérience que l'on n'oublie jamais ce que l'on a aimé pendant un temps.

LAURA

Ne le plains pas, mon cher bien. Je ne l'ai pas aimé, tant s'en, faut, comme je t'aime. Et puis cette faveur n'en était pas une en réalité. Je l'ai e»Tibrassé malgré moi.

LE COMTE

Qui t'y a contrainte?

Mon père.

Dis-tu vrai, au moins?

LAURA

Il me l'a ordonné.

LE COMTE

Tu pouvais t'en défendre. — Mais non, tu as préféré l'embrasser à mes dépens. Vous autres femmes vous aimez toujours ceux qui vous méprisent.

Quoique je n'aie pas d'esprit, je ne suis pas si accommodante.

LE COMTE

Je te connais bien, Laura. II l'aura ensorcelée avec son chapeau de feulre et sa veste neuve.

LAURA

Oui, il y avait bien là de quoi m'émouvoir! Je ne suis pas une enfant, et j'ai déjà vu des nouveaux maries ;iussi bien mis. D'ailleurs, j'aime bien mieux la cas.iquc blanchie de farine que sa veste brodée de damas cl de camelot. — Allons, mon âme, si lu ne veiiispas me désoler, ne me boude plus et cmbra<sc-moi.

LAURÂ.

LE COMTE

sa LE MOUT.TW.

LE COMTE

Il est impossible de te résister.

Le Comle cl Laura •'< LAURA.

Ah ! Martin, que tu es gentil!

LE COUTE , à part, 0 Celia! pardonne-moi 1

LAURA

Il paraît que tu es encore fâché? Tu ne me regardes pu.

LE COMTE

C'est que je suis si malpropre que j'en suis tout honteni. Un autre jour, j'espère, tu me verras habillé plus proprement et parlant de meilleure humeur.

LAUIW.

Hélas ' ma destinée voulant que j'aime qui me déteste, je ne doute pas qu'il ne m'arrive encore un nouveau et plus grand malheur. Marie-loi, ingrat, marie-loi ; j'en aurai du ch.igrin sans doute, mais j'ai déjà appris à pleurer celte espèce de disgrâce. Je ne crovais pas cepeudanl que lu m'abundoiuicruis si tôt. LE COMTE, à part.

Il (%n pourtant qu'elle me laisse aller voir Celia; mais ^vour cela il me faut lui témoigner plus daniiiié {Haut.) Allons, ma Laura, ne te chagrine pas, ne pleure pas. et que tes yeux reprennent leur éclat et leur sérénité. Songe que je suis sur mon départ, et que je ne veux pas te quitter fâchée contre moi.

LAURA

Je suis contente, ô Martin! s'il te platt que je le sois. Mais, je l'en conjure, ne me parle plus d'un homme que j'abhorre, dont je maudis le nom, dont la vue m'est odieuse cl dont je souhaite la mort. Pourquoi en serais-tu jaloux ? De m^me que l'eau qui a passé ne revient plus au moulin, de môme un amour oublié ne retourne jamais dans un cœur. Je suis à toi à l'avenir, et l'amour que j'ai eu pour un autre n'aura servi qu'à m'apprcndre à mieux t'aimer.

LE COllTE.

Je te crois en tout, Laura, et je te quitte. Si je suis si pressé, c'est afin de te revoir plus promptement. Dis-moi, que reux-tu que je t apporte de la ville!

Tu y vas donc?

LB COUTE

Ton père m'a commandé de transporter cette farine chez la duchesse.

LAl}RA.

Mon père ne cesse pas de t'envoyer en commission.

LE COMTR.

Ton père a raison, s'il pense que tu dois être à la iin le prix da mes sernccs.

JOURNÉE II , SCÈxNE II. 3i

LAURA

Mon cœur me dit que ce voyage me causera de la peine.

LE COMTE

Comment cela ?

LAURA

Parce que lu vas là-bas pour y trouver quelque femme.

LE COMTE

Quelle idée ! Je Tais tout bonnement porter cette farine à la duchesse.

LAORA.

Ce ne serait pas un miracle. Martin, que tu fusses épris d'elle; on dit qu'elle est belle a ravir. Fais en sorte de ne pas la voir. LE COMTE, à part.

Il ne manquerait plus que cela. {Haut.) 11 faut enfin que je parte; les trois mules et le roussin sont chargés et s'impatientent.

LAURA

Ne la regarde pas au moins, Martin.

LE COMTE

Sois tranquille. Et je tâcherai également de n'être pas aperçu de certaines gens qui rôdent autour de sa maison. — Mais que t'apporterai-je î

Je ne sais pas trop... J'y pense... Tiens, une jolie paire de souliers.

LE COMTE

C'est bon. Adfeo, Laura.

LAURA

Adieu, Martin.

LE COMTE, d part.

0 Celia ! je vais te voir î

Le Comle et Laura sortent.

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