SCÈNE I
Uoe campagne devant le moulin. Entre L'INFANT.
kL INFANT, ■e iiel est las de me souffrir; le roi mon père m'exile et Ccua me ousse. Je ne puis lutter contre tous ces ennemis réuris... luces- «amment tourmenté par mes souvenir* affligeans, je cherche en vain
à les fuir; obstinés, ils sonl partis avec moi, ils m*ont accompagné tout le chemin, et ils ne renonceront pas à me poursuivre. I)ëlosl<* par Celia, je demande la mort à chaque instant, je l'implore comme un bienTait-, mais la mort elle-même, afin de me punir davanta(îL' , le refuse à écouter mes vœux. Eh bien! je retournerai dans ma patrie, à la cour; je me présenterai devant celle qui a causé uwtmaux; et je la prierai, pour dernière grâce, de me livrer à mon père, si elle veut satisfaire sa vengeance. Ah! si du moins Valcrio venait me rejoindrel il me donnerait de ses nouvelles, il m'apprendrait ce qu'elle dit, ce qu'elle pense. Oui, Valerio, si je te voyais, ami sûr et fidèle, je me consolerais avec loi , en le communiquai. i mes pensées comme jadis , à loi qui m'as toujours encouragé dan» mes peines et soutenu dans mes chagrins! VALERIO, du dehors,
Monmattre, mon seigneur!
l'infant.
0 Dieu ! j'entends sa Yoix qui m'appelle derrière le rideau de cei irbres.
Entre VALEIIIO.
Ah ! prince !
Sois le bienvenu, Valerio.
J'ai tardé longtemps?
TALKAIO.
L*lIfFiNT. VALIHIO
LIKFANT.
Beaucoup trop pour mon impatience.
VALEHIO.
Le pis est que j'apporte de mauvaises nouvelles.
l'infant.
De mauvaises nouvelles?
VAIERIO.
Oui, prince.
l'lnfant.
Lesquelles donc?
valerio.
J'ai trouvé la cour du palais pleine de messagers et de cheTêiii de poste dont l'arrivi^c vous intéresse.
l'inpakt.
Comment cela ?
TALXRkO.
Us viennent de France.
L'iNFAirr Pour mon mariage, sans doute?
talbrio Jirncmcal
JOURNEE ïir» SCENE I. 53
l'infant.
Peu m'importe. Cela ne touche guère mon cœur.
VALERIO
On attend demain votre soleil, — votre épouse, que le roi votre père a demandée pour vous et que le roi de France vous envoie. l'infant,
En ce cas, mon épouse sera un soleil éclipsé; car je ne veux pas la voir.
VALERIO
Il vous sera difficile de l'éviter. Des courriers ont été expédiés en tous sens avec ordre de vous chercher.
l'infant.
J'espère bien qu'ils ne me trouveront pas.
VALERIO
Pourquoi vous défendre de cette union?
l'infant.
J'adore Celia. Elle seule est ma déesse et mon épouse.— Écartons nous un peu ; voilà des gens qui sortent du moulin. Quand je pense qu'ils appartiennent à la duchesse, je serais tenté de me mettre à leurs pieds.
L'InTant et Valerio s'éloignent.
Entrent LE COMTE et MELAMPO.
HELAMPO.
Viens avec moi dans le bois, Martin ; c'est là qu'il faut que je te parle.
LE COMTE
Mais quelle est ton intention ? Je soupçonne que tu as conçu quelque mauvais dessein.
MELAMPO.
Tu devines mal la folie où ma passion me porte... Je ne médite rien contre toi. Vois-tu cette corde? vois-tu ces arbres?
LE COUTE
Eh bien! que veux-tu faire?
MELAMPO.
Ce que je veux, c'est que tu dises à cette ingrate, qui me dédaigne .'iprès deux années de soins et de tendresse, que je n'ai pas pu supporter de la voir te donner son amour, et que le pauvre Melampo a mis fin à ses jours dans ce bois.
LE COMTE
Laisse donc, imbécile. Comment! tu renoncerais pour une femme à 'a vie, au plus précieux des biens?
MELAMPO.
Et sans regret, tu vas voir.
U atUehe la corde à la braoche d'un ariir*.
yt LK MOUU^.
LK COUTf .
Finis donc.
MF.LAMrO.
A quoi bon me retiens-tu? tu ne m'ennpècherais pas de me tuer si lu étais mon ami.
LE COMTE
Je le suis, et à tel point que je veux que Laura me déteste, qu'elle t'aime, et qu'elle devienne ta femme.
MELAUrO.