‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 38 sur 150 · TH^DO&B · texte numérisé non relu

TH^DO&B

Fuyons par Ici, Tristan I

TRISTAN

Quelle étrange disgrâce !

TlléODORB.

Ponnru qu'on ne nous ait pas reconnus T

TUISTAN.

Hélas î je crains qu'oui.

* lit tortCBi.

Entre la COMTESSE comme si elle les poursuivait. LA COMTESSE.

Arrêtez, arrêtez, gcnlilliommc ! nlicndez, écoulez-moi!... Est-ce ainsi qu'on doit se conduire dans mon palais? Écoutez donc, vous ()ii.je 1 — Hoià ! pas un domestique ici?... Hola '... personne?... Cependant j"ai vu quelqu'un, ce n'est pas un songe. — Holà!... il parait que tout le monde est déjà couché. Entre FA RIO.

FABIO

Voire seigneurie n'a-trcllc pas appelé?

LA COUTESSB.

Quel flegme! il augmenterait encore mon dépit, ma colère. Cou-

JOUIvNÉt: I, SCÈNE I. 77

rez donc, sol que vous êtes! courez au plus vite, et voyez quel ett ITiomme qui vient de sortir du salon.

fABlO.

Du salon?

LA COMTESSE

Marchez, et répondez en obéissant!

FABIO

J'y cours.

LA COMTESSE

Sachez qui c'est. {Fabio sort.) Vit-on jamais pareille trahison?

Enlre OCTAVIO.

OCTAVIO

Bien que j'aie entendu votre voix, je ne pouvais croire que ce fût ▼oire seigneurie qui appelât a une heure aussi avancée.

LA COMTESSE

Vous avez une tranquillité admirable!... Vous vous couchez de bonne heure, vous vous levez a votre aiie, et puis vous courez tout doucement. Des hommes pénèlrenl dans ma maison et presque dans mon appartement, car je les ai entendus comme s'ils y étaient (je ne puis concevoir une telle insolence), et vous, en digne écuyer, tandis que je me désespère, vous m'ocoutez froidement, bouche béante!

OCTAVIO

Comme j'avais l'honneur de le dire à votre seigneurie, je ne croyais pas que ce fût elle qui appelât à cette heure-ci.

LA COMTESSE

Retournez-Yous-en ; on nous aura entendus... Et d'ailleurs vous pourriez prendre mal.

OCTAVIO

Mais, madame...

Entre F.\llIO.

FABIO

Je n'ai rien vu de tel : il a fui comme un oiseau.

LA COMTESSE

Avez-vous reconnu?

FABIO

Quoi donc?

LA COMTESSE

Le manteau brodé d'or qu'il portait.

FABIO

Quand donc? lorsqu'il descendait l'escalier?

LA COMTESSE

Eo vérité! les hommes de ma maison feraient d'excellentes doègnes!

FABIO

II a dleinl la lampe en jelant dessus son ch.ipcau, puis il a couru de plus belle : arrivé sous le porlail, il a tiré son épée, et puis je ne l'ai plus vu.

LA COMTESSE

Vous n'êtes qu'une poule mouillée.

FABIO

Que vouliez-vous donc que je fisse?

LA COMTESSE

Il fallait n'avoir pas peur, — l'atteindre et le tuer.

OCTAVIO

Si c'eût été un homme comme il faut, on risqitfit de tous COID' promettre.

LA COMTESSE

Un homme comme il faut qui serait venu ici la nuit!

OCTAVIO

N'y a-t-il donc personne h Naples qui vous aime? El un homme qui aspire à votre main ne doit-il pas chercher tous les moyens de vous voir? N'y a-t-il pas mille seigneurs que le désir de s'unir à vous rend éperdus d'amour? — El, en effet, vous, madanie, vous dites que vous lui avez vu un manteau brodé d'or, et Fabio l'a vu coiffer la lampe de son chapeau.

LA COMTESSE

En effet, ce pourrait bien ôtre quelque nobly cavalier qui, par amour, aura cliorché à séduire les gens de ma maison!... On aurait là, il faut l'avouer, une haute opinion del.i fidélité de mes domestiques!... Mais Je saurai qui c'est. Son chapeau était garni de plumes. Qu'on aille me le chercher : il doit être resté lur l'escalier.

FABIO

Pourvu que je le retrouve !

LA COUTBSSB.

Croyez-vous donc, imbécile, qu'on soit revenu le cherchert

FABIO

Permettez, madame, que j'emporte le flambeau.

Il tort.

LA COMTESSE

Je saurai qui m'a ainsi trahie, cl une fois les coupables connut» pas un ne restera chez moi.

OCTAVIO

Vous ferez bien, certes, puisqu'on a osé troubler votre repos* Mais bien que j'aie tort, surtout en ce moment, de toucher un sujet qui vous déplaît, je dois vous le dire, madame, c'est votre obstination à ne pas vous remarier qui cause toutes les folies que font ceux qui voudraient vous engager à vous déclarer en leur faveur.

JOUIIMÎ.' 1. SCCNK 1. 7»

LA COMTESSE

Vous paraissez savoir quelque chose ?

OCTAVIO

Moi, madame? je ne sais rien, si ce n'est que vous avez la réputation d'être aussi insensible que belle , et que beaucoup de gens auraient envie du comté de Beidor.

Entre FABIO.

Voici le chapeau que j'ai trouvé. Il ne valait pas la peine d'être ramassé.

LA COMTESSE

Que portes-tu là ?

FABIO

Ce que le galant a jeté sur la lampe.

LA COMTESSE

Cela?-

OCTAVIO

Je n'ai rien vu de plus salé.

FABIO

C'est bien celui-là pourtant.

LA COMTESSE

C'est là ce que tu as trouvé?

FABIO

Voudrais-je donc tromper votre seigneurie?

LA COMTESSE

Voilà, ma foi, de belles plumes!

FABIO

C'était quelque voleur, sans doute.

OCTAVIO

On doit être venu pour voler.

LA COMTESSE

Vous me ferez perdre le sens.

Cependant, madame, il n'y a pas d'autre chapeau.

LA COMTESSE

Je vous répète que c'était un chapeau tout garni de plumes^ et vec abondance. Et voilà ce que vous me présentez!

FABIO

Comme on a jeté le chapeau sur la lampe, les plumes se seront fcrûlées. Icare ayant voulu s'approcher du soleil, il se brûla les plumes et tomba dans la mer. C'est la même histoire : Icare, c'est le chapeau ; le soleil , c'est la lampe; et la mer, c'est l'escalier où les plumes brûlées ont disparu.

LA COMTESSE

Je ne suis point d'humeur à plaisanter, Fabio, et cette aTeoture me donne beaucoup à réfléchir.

OCTAVIO

Nous avons du temps pour apprendre la vérilé.

LA COMTESSE

Du temps! du temps! — Vous êtes singulier, Oclavio.

OCTAVIO

De gr&ce, madame, dormez maintenant, et demain tout l'éclaircira.

LA COUTESSB.

Non. Comme je suis Diane, comtesse de Belflor, je ne me coucherai pas que je ne sache ce qui en est. Qu'on appelle toutes met femmes.

Fabio •orU OCTAVIO.

Quelle nuit vous allei passer !

LA COMTESSE

Je pense bien au sommeil avec un semblable souci!... Un homme dans ma maison !

OCTAVIO

11 serait plus prudent, à mon avis, d aller aux informations et de faire secrètement des recherches.

LA COMTESSE

En vérilé, Octavio, vous ^les d'une prudence incomparable, et dormir sur une pareille aventure serait le comble de la prudencel

Eriirenl l-Mili), MARCKI.LK, DOUOTIIÉE cl ANARDA

Fvnio.

Vos autres femmes sont toutes couchées : je ne vous ai amené que vos femmes de chambre, qui seules peuvent vous doimer quelques rcnseignemcns, car elles sont les seules qui aient pu entendre quelque chose.

ANARDA, à part.

La nuit sera orageuse. [Haut.) Votre seigneurie désire-l-elle rester seule avec nous ?

LA COMTESSE

Oui, sortez tous les deux.

FABio, à Oclavio.

Le bel interrogatoire 1

OCTATio, A Fabio.

Elle est folle.

FABio, d Octavio, Elle me soupçonne, je crois.

OcUTto «I F «blo I

Approche, Dorothée.

DOROTUto.

Me Toici à vos ordres.

JOUllNÉE I, SCÈNE I. 81

LA COMTESSE

Dis-moi, quels sont les cavaliers qui ont l'habitude de rôder dans celte rue?

DOROTHÉE

Le marquis Ricardo, madame, et parfois aussi le comte Paris.

LA COMTESSB.

Réponds franchement à ce que je vais te demander. Je t'y engage pour ton bien.

DOROTHÉE

Je n'ai rien à vous cacher.

LA COMTESSE

A qui les as-tu vus parler ?

DOROTHÉE

Je serais sur un bûcher que je ne pourrais dire qu'une chose, c'est que , hormis à vous, je ne les ai vus parler à personne de la maisoù.

LA COMTESSE

On ne t'a jamais remis de lettre? Jamais page n'a pénétré ici?

DOROTHÉE

Jamais, madame.

LA COMTESSE

Retire- toi de ce côté.

MARCELLE, à Âfiarda.

C'est une inquisition.

ANARDA, à Marcelle.

Il n'y aurait plus qu'à nous appliquer à la torture.

LA COMTESSE

Écoute, Ânarda.

ANARDA.

Que désirez-vous î

LA COMTESSE

Quel e«t l'homme qui est sorti ?

ANARDA.

Un homme I

LA COMTESSE

Oui, un homme vient de sortir de ce salon. Va, je eonnaii tes manœuvres... Qui l'a amené ici? Quelle est celle de vous qui s'entend avec lui ?

ANARDA.

Ne croyez pas, madame, qu'aucune de nous eût une telle audace. Pouvez-vous penser qu'une de vos femmes se permit d'introduire un homme dc:.s votre appartement, et pût se rendre coupable envers vous d'une telle trahison? Non, madame, ce sera autre chose.

Écoule; éloignons-nous davantage. — A moins que lu n'aies Toulu détourner mes soupçons, lu me donnes une idée... c'est que ce serait pour quelqu'une de mes femmes que cel homme aurai! osé pénétrer chez moi.

ANARDA.

lion Dieu! madame, en vous voyant aussi irritée, et si justement, je ne puis m'cmpéchcr de vous dire loule la vérité, bien que je manque par là à l'amitié que j'ai pour Marcelle. Elle aime quelqu'un et en est aimée. Mais qui est ce quelqu'un? voilà ce que j'ignore.

LA COMTESSE

Tu as tort de me le cacher. Puisque tu avoues le plus important, pourquoi me taire le reste?

ANARDA.

Je suis femme, et, en celle qualité, je ne me laisserais pas presser beaucoup pour un secret qui n'est pas le mien. Qu'il vous suffise de savoir que ce cavalier est venu pour Marcelle; que cela ne doit pas vous inquiéter, et qu'il n'y a rien qui puisse compromettre l'honneur de la maison. Celle liaison ne fait que de commencer.

LA COMTESSE

Quelle audace! et quelle réputation vais-je avoir!... Entrer ainsi dans la maison d'une personne qui n'est pas mariée! Ahl la malheureuse! par la mémoire du comte, mon seigneur...

ANARDA.

Blodérez-vous, madame, et permeitez-moi un seul mot. L'homme qui vient voir Marcelle n'est pas étranger k la maison, et il peut venir lui parler sans risquer de vous compromettre

LA COMTESSE

C'est donc un homme à moi?

LA COMTESSE

AXARDA.

LA COMTESSE

Oui, madame.

Et qui?

Théodore.

Mon secrétaire!

ANARDA.

Je sais seulement qu'ils se sont parlé. J'ignore le rflftt.

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