‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 39 sur 150 · I.A COMTESSE · texte numérisé non relu

I.A COMTESSE

Éloigne-loi !

ANARDA.

Montrez ici votre prudence.

LA COMTESSE

Assurée qu'on ne venait pas pour moi, je suis plus tranquille.— Marcelle î

MARCELLE

Madame?

' LA COMTESSE

Écoute.

MARCELLE

Que désirez-vous? {A pan.) Je tremble.

Est-ce bien toi, Marcelle, toi à qui je confiais toutes mes pensées, tous mes sentiments?

MARCELLE

Qu'a-l-on pu vous dire de moi ? Est-ce que l'on m'accuse d'avoir manqué à la fidélité que je vous dois?

LA COMTESSE

Toi de la fidélité 1

HARCELLE

En quoi vous ai-je offensée?

LA COMTESSE

Et n'est-ce pas la plus grave des offenses que de recevoir dans ma maison, dans mon appartement, un homme qui vient te parler?

MARCELLE

Mon Dieu ! madame, c'est que Théodore est si fort épris, que, partout où il me rencontre, il me fait mille et mille déclarations.

LA COMTESSE

Mille et mille déclarations!... II vous faut remercier le ciel, ma eliarmante; Tannée est bonne!

MARCELLE

Je veux dire, madame, qu'aussitôt qu'il me voit, — soit qu'il entre, soit qu'il sorte, sa bouche me révèle à l'instant tous les sentiments de son cœur.

LA COMTESSE

Sa bouche révèle ses sentiments !... Et que vous dit-il?

Il me serait difficile de m'en souvenir.

LA COMTESSE

11 le faut pourtant.

MARCELLE

Eh bien! tantAt il me dit : «Ces beaux yeux me font mourir!» larilôl : «Lcsi par ces beaux yeux que je vis; toute la nuit dernière j'ai pensé à vous; je voyais votre beauté, et je n'ai pu dormir. » Une autre fois il m'a demandé un seul de mes cheveux, me disant qu'il aurait seul la puissance de l'enchaîner à jamais. Mais pourquoi vous conté-je tous ces enfantillages?

LA COMTESSE

II parait toujours que vous prenez quelque plaisir à les entendre.

MARCELLE

Mais oui, je l'avoue; car Théodore, j'en suis sûre, n'a que def Tues honnêtes, il ne peut penser qu'au mariage, et dès lors...

LA COMTESSE

Sans doute; l'amour peut s'avouer quand il a pour but un mariage. Voulez-vous que j'arrange cela î

MARCELLE

Ohl madame, je serais trop heureuse! Tenez, vous êtes si bonne, si généreuse, que je vous dirai tout franchement : je l'aime... je l'aime de toute mon âme. II est si aimable et se conduit si bien I il n'y a pas dans tout Naples un jeune homme qui puisse lui ♦^'r'^ '''^'"paré.

LA COMTESSE

Je connais son mérite et suis contente de lui.

HARCELLE

Ah ! madame, il y a bien de la diiïérence entre les lettres de cérémonie qu'il écrit pour une autre et ses conversations familières. Si vous saviez combien il est tendre et passionné, combien il y a de grâce et d'éloquence dans son amour!

LA COMTESSE

Marcelle, je suis décidée à vous marier, cl je le ferai aussitôt que je le jugerai convenable. Mais je dois aussi quelque chose i moimôn)C. au nom q;\r je porte, et je ne puis permettre que ces entretiens continuent, surtout d'une manière ostensible. Puisque vos compagnes connaissent cette liaison , je dois avoir l'air, au moins, de m'y opposer, et je vous recommande l.i plus grande discrétion dans vos amours. Quand l'occasion sera venue, je vous serai utile a tous deui... Théodore a été élevé dans la maison, et j'ai pour lui une véritable estime; quant h vous, Marcelle, j'ai pour vous, vous le savez, le plus sincère attachement, et je n'oublie pas que vous appartenez à ma famille.

MARCELLE

Je vous rends mille grices.

LACOMTSSSS.

Retirex-vous.

MARCELLE

Ma reconnalMaoce sera éternelle.

LA COMTRSSK.

Qu'on me laisse feule.

AN ARDA, à MareelU.

Qu'y a l-il eu î

MARCELLE, à Ânardo.

De ennuis qui heureusement ont bien tourné.

Est ce qu'elle sait tout?

MARCELLE

Oui, et elle approuve mon amour.

Elles saluent tt soricut.

LA COMTESSE

Mille fois j'ai remarqué la figure, la grâce et l'esprit de Tiiéodore; et sans la distance que la naissance a mise entre nous, j'aurais aimé i2s talents et son mérite. —L'amour donne des lois à toute la nature; mais mon honneur passe avant tout; je respecte ce que je suis, et avoir de telles pensées est à mes yeux une honte. — La jalousie, je le sais, me restera ; et en effet, si l'on peut envier le bonheur d'une autre, je n'ai que trop de quoi m'aflliger. 0 Théodore ! que ne peux-tu t' élever pour t'égaler à moi, ou que ne puis-je m'abaisser pour devenir ton égale I

Elle son.

Page 1