SCÈNE n
La chambre de Théodore.
Entre THÉODORE.
THÉODORE
Nouveau désir qui me tourmentes, laisse-moi le repos que tu m'enlèves ; — car c'est à moi trop de folie et trop d'audace de t'écoûter.— Cependant lorsqu'on a devant les yeux un noble but, 1 audace n'est pas de l'imprudence, mais si le bien auquel j'aspire est infini, sur quoi peut se fonder mon espoir insensé? Ce que j'ai vu, ce qu'on m'a dit. ne sont-ce pas de bien faibles bases pour ces palais^ enchantés que bâtit dans les airs mon imagination ? Non, ce n'est pas la faute de mes désirs si l'amour les élève si haut que j'en suis effrayé ; c'est que, hélas! moi-même suis placé trop bas.— Il n'importe! perdons-nous, s'il le faut, en suivant une pensée si douce el si charmante. Et d'ailleurs ce n'est pas se perdre que de succomber dans une entreprise aussi belle. Moi je me féliciterais de mon malheur, comme d'autres se félicitent du bonheur le plus longtemps souhaité; car mon malheur serait si glorieux qu'il [lourrait rendre le bonheur môme jaloux'.
• Ce morceau esl dans l'oriynial une sorlc de dialogue où Tlic'odore s'enlrctieul avec ta pensée.
104 LE CHIEN Di: JÀHDIMER
Entre TRISTAN.
TRISTAN
Au milieu de vos graves méditation», pourriez-vous recevoir un billet de Marcelle, qui se console avec vous de sa captivité? Le voici, fil je vous l'apporte gratis, parce qu'on n'aime pas à voir ceux dont on n'a pas besoin. A la cour, monseigneur, quand un homme se trouve en bonne position, il est accablé de visites et de soliicitationi de toute espèce ; mais la fortune vient-elle à lui tourner le dof, aussitôt chacun l'abandonne comme un pestiféré. — Seriez-vous d'avis que je passasse au vinaigre le billet de Marcelle, crainte de contagion ?
TnéonoRE.
Toi et le billet, vous m'ennuyez également. Donne-le. — Il o'a pas besoin d'ôtre passé au vinaigre ayant passé par tes mains*. {Il lit.) «A mon époux Théodore. »—{/*ar/anf.) Mon époux! que cell est ridicule 1
TRISTAN
Oui, monseigneur, fort ridicule.
TUéODORB.
Demande donc à ma destinée, si de la hauteur où elle 8*est élevée elle aperçoit une humble violette.
TRISTAN
Mon Dieu ! quelque élevé que vous .«oyez, lisez tout de même, je vous en prie, d'autant qu'il ne faut pas dédaigner le vin parce qu'il y a des moucherons ; et puis vous devriez vous rappeler qu'il fut ua temps — qui n'est pas éloigné , où cette humble violette était à yos yeux un cèdre du Liban.
THÉODORK.
Mon cher Tristan, mes regards désormais ne peuvent plus guère se détacher du soleil vers lequel ils sont fixés; et je suis d'elle à une telle distance, que je m'étonne de l'apercevoir encore.
TRISTAN
Vous maintenez bien votre dignité... Mais que fcroas-noui du bUlel?