TB^DORE
U Toilà.
Vous le déchireit Sans doute.
El pour(iuoiT
TRISTAN
TUÏODOai.
TRISTAlf.
Muutra quf tendra tarado Si »n tut manot ha venido.
THEODORE
Pour que la réponse soit plus tôt faite.
TRISTAN
C'est aussi par trop rigoureux.
THéODORB.
C'est que, Tois-tu, je ne suis plus le même.
TRISTAX.
En effet, messieurs les amants, vous êtes les apothicaires de l'ftmour. Papiers , ordonnances , billets doux , se suivent enBlés à la même aiguille. Récipé des soupçons jaloux, ou bien de fleurs de violettes; — récipé des orgueilleux dédains ou bien de sirop de pavot;—récipé une absence en guise d'emplâtre sur la poitrine, alors que vous auriez dû rester à la ville ; — récipé de matrimonium, ou une purgation de trente jours consécutifs avec de l'anlimoine; — récipé dans les boutiques des bijoux, des étoffes, des diamants, pour en faire des applications confortatives de l'amour.— Et après qu'une année durant tous les papiers ont été bien réunis, bien arrangés, le jour du payement arrive enfin, le malade est mort ou guéri, et l'on règle le compte en mettant au rebut tous les chiffons inutiles. Mais vous, vous avez eu tort de déchirer le mémoire de Marcelle sans en savoir le contenu'.
THEODORE
Ta bois quelquefois , mon cher Tristan , et je crois que tu as bu aujourd'hui.
TRISTAN
Et moi je croîs que non le vin , mais l'ambition vous a monté à la tête.
THÉODORE
Tristan , chaque homme a dans sa vie un moment de bonne chance, et ceux qui ne savent pas en profiter sont des imbéciles, et, qui pis est, des imbéciles malheureux. Pour moi, ou je mourrai dans l'entreprise, ou je serai comte de Belflor.
TRISTAN
Monseigneur, il existait un certain duc nommé César qui avait pour devise : a Ou César ou rien. » Après bien des succès le sort lui devint contraire, et alors un de ses ennemis écrivit sur son blason : a Tu voulais être César ou rien, et tu as été à la fois l'un et l'autre; car tu es César et tu n'es rien. »
TUÉODORE.
Malgré les conseils, Tristan, je n'en poursuivrai pas moins mon entreprise; et ensuite que la fortune fasse de moi ce qu'elle voudra.
Ils sortent.
* Ce cooplet de Tristan est dans l'original un baragouin mêlé d'espagnol et de latia Bdcarooique.
SCftNE III.
Une salle chez la Comtesse.
Enlrcnl MARCELLE cl DOROTHÉE.
nonoTiiF.E.
Croyez-moi, Marcelle, s'il csl une de vos compagnes qui soit fen «ibie à vos peines, c'est moi.
MAUr.ELLE.
Dans la prison où l'on m'a renfermée, vous m'arex montré tant d'afTeclion et vous avez clé si bonne pour moi, que, je pois youi l'assurer, vous n'aurez pas à ra\enir d'amie qui vous soit plus dévouée que moi. Anarda s'imagine, sans doute, que j'ignore sa liaison avec Fabio, et c'est pour cela qu'elle a eu la perfidie de raconter mes affaires à la comtesse.
Enlrcnl THÉODORE cl FABIO.
DOIIOTIIÉE.
Voici Théodore.
Ah! mon ami....
Un moment, Marcelle.
M.U\CELLB.
TIléODORB.
MARCRLLB.
Quoi, mon ami, vous voulez , lorsque j'ai le bonheur de voas revoir....
TIM-.OnOllE.
Prenez garde à ce que vous f;iilcs cl à ce que vous dites. Les tapisseries ont parlé plus d'une fois, et si elles représenlent des ligures c'est pour nous rappeler que derrière peut se cacher quelque indiscret. Si un jour un muet, voyant qu'on allait égorger son père, a pu recou>Tcr soudain la parole, il faut craindre aussi de voir parler les figures peintes.
Ayez-vous lu ma lettre ?
THEODORE
Je l'ai déchirée sans la lire. J'ai reçu une telle leçon, que j*aurall déchiré et jeté mon amour au vent si cela m'eût été possible.
HARCELLE
Nesonl-ce pas là les fragments de ma lettre?
TIIÉODORB.
Oui.
MARCEL1B
El, dites-vous , von.<; iu> tour? pns davantage à mon amourt
THÉODORE
Eh! cela ne vaut-il pas mieux que de nous Yoir exposés à chaque instant aux plus grands dangers? Si vous êtes de mon avis, nous laisserons là nos projets pour vivre au moins tranquilles.
MARCELLE
Que dites-vous là ?
TH^ODORS.
Que je suis décidé à ne plus donner à la comtesse de sujets de plaintes.
HARCELLE
Ah! toute votre conduite m'annonçait depuis long-temps ce que TOUS m'apprenez.
Adieu , Marcelle. Mais s'il ne doit plus y avoir d'amour entre nous, l'amitié seule peut encore subsister.
MARCELLE
Quoi! Théodore, c'est vous qui me parlez ainsi?
THÉODORE
Que voulez-vous? j'aime le repos... et puis je ne yeux pas maii* quer de nouveau à une maison à laquelle je dois tout.
MARCELLE
De grâce, écoutez.
THÉODORE
Je n'en ai pas le temps.
MARCELLE
Comment! c'est ainsi que vous me traitez I
THÉODORE
Je m'éloigne pour ne pas entendre vos reproches.
IlMT
MARCELLE
Ah ! mon cher Tristan 1
TRISTAN
Que voulez-vous?
MARCELLE
Qu'est-ce donc, je te prie?
TRISTAX.
De l'inconstance. Mon maître est changeant.... comme uat femme.
MARCELLE
Crois-tu donc que toutes les femmes soient inconstantes?
TRISTAN
A peu près comme celles qui sont tout sucre et tout mi^
MARCELLE
Tu diras de ma part à ton maître...
TRISTAN
Je ne puis rien lui dire. — Je suis la poignée de celle eiJ^c. le
î08 LE CHIEN DU JARDLMEH.
cachet de celte lettre , le manteau de ce voyageur, l'ombre de et
corps, la queue de cette comète, ItHui de ce chapeau, l'ongle de to
doigt, et ce n'est qu'en me coupant que l'on peut me séparer ut
lui.
Il sort.
MARCELLE
Que peniei-vous décela, Dorothée?
DOROTIléB.
Je n'ose tous en exprimer mon avis.
I MARCBLLB.
Eh bien , je parlerai.
DOnOTIléB.
HARCELLE
Non pas, moi.
Si bien, moi.
DOROTHÉE
Prenez garde, Marcelle; rappelez-vous ce qu'il disait des tapis* séries.
MARCELLE
Dans ma fureur jalouse, je ne crains rien, Je brave tout. Si je ne connaissais l'orgueil de la comtesse, je dirais que Théodore a conçu des espérances; et, en effet, n'avez-vous pas remarqué qu'il est sans cesse auprès d'elle depuis quelques jours ? Croyez-roui que ce soit sans motif?
DORornéK.
Taiscz^Tous , la colère vous égare.
MARCELLE
PTiroporte, je me vengerai. Tous deux se jouent de ma douleur, mais je n'ignore pas les moyens de les affliger, moi aussi.
Enlre FADIO.
FABIO
Le secrétaire est-il là ?
MARCELLE
Voui voulez vous moquer de moi ?
FABIO
Mon Dieu non! Je le cherche, parce que madame It eomtflMê ■'a ordonné de l'appeler.
MARCELLE
Qu'il en soit ou non comme vous dites , demandez à Dorothée de qucuc façon je viens de le traiter. Je soutenais que notre brillant secrétaire n'est qu'un cnnuycui et un fat.
FABIO
Ob l vous ne me donnerez pas le change. — On sait vos secreU..* et , sans doute, vous êtes d'accord.
JOUllNEC II, SCE.NK jH. i09
MARCELLE
Nous d'accord ! Vous êtes bon !
FABIO
Vous avez beau dire, vous ne réussirez pas à m'abuser.
MARCELLE
Autrefois, je l'avoue, j'ai pu m'amuser des folies que me débitait Théodore; mais aujourd'hui j'en aime un autre... un autre qui vou§ ressemble beaucoup.
FABIO
A moi?
MARCELLE
v'erlainement. Est-ce que vous ne ressemblez pas à vous?
FABIO
Quoi I Marcelle, c'est bien à moi que vous parlez ainsi ?
MARCELLE
A vous-même. Si je ne vous parle pas franchement , si vos regards ne me charment pas, si je ne vous trouve pas l'homme le plus aimable du monde , et si tout mon cœur n'est pas à vous, puisséje mourir du plus grand des chagrins I puissé-je voir mon amour n'être payé que de mépris!
S'il en est ainsi, vous ne mourrez pas. Si vous m'aimez, je veux que vous viviez. Mais, au moins, que ce ne soit pas un piège; quel avantage auriez-vous à me tromper ?
DOROTuÉE, bas, à Fabio.
Courage, Fabio ; profitez de ['occasion. Il faut aujourd'hui (jue Marcelle vous aime. Elle y est forcée.
FABIO
.le crains que cela ne soit pas vrai, puisqu'elle n'est pas libre.
DOROTHÉE
Théodore a d'autres vues. 11 s'est tourné d'un autre côlé.
FABIO
Je vais le chercher pour remplir ma commission. {A Marcelle.) Avouez seulement que je suis voire pis-aller, et que votre amour est un peu comme ces lettres à double adresse, que l'on remet à Fabio, en l'absence de Théodore. Mais, vanité à part, je me trouve encore trop heureux. Nous en parlerons plus à loisir, et de louie façon comptez sur moi.
Il sort.
DOROTIIiéz.
Qu'avez-vous fait ?
MARCELLE
Je ne sais... Je suis dans un tel état d'exaspération , que je ne me connais plus. Anarda n'aime-t-clle pas Fabio?
DOaOTUÉK.
Sans doute.
MAIICF.LI.E.
Eh bien , je me vengerai de lous doux a la fois. Si l'amour est le dieu de la jalousie, il est aussi le dieu de la vengeance. EnlrenlLA COMTESSE et ANARDA.
LA COMTESSE
Ce n'est pas voire faute; n'en parlons plus.
ANARDA.
L'indulgence avec laquelle vous m'excusez ajoute à mon repentir. — Voilà Marcelle, madame, qui cause avec Dorothée.
LA COMTESSE
Je ne pouvais faire en ce moment une rencontre qui me fût plus désagréable. — Rentrez, mesdemoiselles.
MARCELLE, 6a», à DoTOthée.
Allons-nous-en, Dorothée.— Eh bien, que vous dUais-je ? Ou elle me soupçonne, ou elle est jalouse de moi.
Marcelle cl Dorothée torlent.
ANARDA.
?uis-je vous parler?
LA COMTESSE
Je vous écoute.
AXARDA.
Les deux seigneurs qui viennent de sortir sont épris pour vous du plus vif amour, et vous, madame, vous ne leur montrez qu'un dédain qui passe tout ce qu'on lit dans les histoires. Prenez garde; il arrive souvent qu'un dédain semblable....
LA COMTESSE
Tas de sermon , je vous prie.
Mais enfin, avec qui votre seigneurie pense-t elle se marier? Le marquis Uicardo par sa libéralité et sa bonne mine n'égnie-t-il pas, à tout le moins, les premiers seigneurs de la cour? et la femme la plus distinguée ne pourrait-ello pas être Hère de donner son cœur et sa main à votre cousin Frédéric ? Pourquoi les avoir congédiés avec tant de mépris?
LA COMTESSE
Parce que l'un est un étourdi, l'autre un sot, et vous qui ne lavez pasmentendre, plus sotte et plus étourdie que tous les deux. Je ne les nimc point parce que j'aime; et j'aime parce que je n'ai pas d'espoir.
ANARDA.
0 ciell qu'cntends-je ? Vous , de l'amour ?
LA COMTESSE
Ne suis-je pas femme?
ANARDA.
Oui, mais aussi froide que la glace qui ne cède pas même aux rayons du soleil.
JOURNEE II, SCENE III. Ul
LA COMTESSE
Eh bien , cette froideur que tu m'attribues, elle est tombée aui pieds d'un homme d'une condition inférieure.
ANARDA.
Et... quel est cet homme ?
LA COMTESSE
Je ne puis pas te le nommer. Le respect que je me dois à moimême m'cinpèche de prononcer son nom. Sache seulement que cet amour serait capable de me dégrader.
AXARDA.
Dans l'antiquité, madame, il y avait bien d'autres mésalliances, à commencer par celles de Pasiphaé, de Sémiramis, et d'autres dames que je veux bien ne pas nommer. Vous, madame, vous aimez un galant homme, et quelle que soit sa condition, je trouve cela fort excusable '.
LA COMTESSE
Celle qui aime peut haïr si elle veut. C'est là le mieux. Je ne veux plus aimer.
ANARDA.
Le pourrez-vous ?
LA COMTESSE
Sans doute. J'ai aimé quand j'ai voulu; quand je ne voudrai plus aimer ce sera fini. — Mais qui chante là ?
ANARDA.
C'est Fabio et Clara.
LA COMTESSE
Voyons si leur chant dissipera ma mélancolie.
ANAHDA.
L'amour se plaît aux sons de la musique. Ecoutez.