SCÈNE IV
Us sortent.
Une rue.
Entrent TRISTAN et FURIO.
TRISTAN
Ils continuent leur route.
FURIO.
Le vieux comte vole, sans attendre ni voiture ni domestiques.
TRISTAN
Il serait plaisant que j'eusse bien rencontré, et que Théodore fût vraiment «on lils !
Funio.
Ce serait par trop fort, que la vérité fût dans un pareil mensonge.
TRISTAN
Dépouillons vite ces habits. Il importe qu'aucune de mes consaiésanccs ne me voie ainsi accoutré.
142 LE CIIIKN DL JAUDIMKR.
FUftiO.
Dépêche-toi.
TRISTAN
0 puissance de l'amour palcrncl !
Funio.
Où t'allendrai-jeT
TniSTAN.
A la taverne de l'Orme.
Fumo.
Adieu.
TRISTAN
Voilà pourlaiit à quoi peut servir l'csprill — Ucpnraissoiis maintenant sous mon costume ordinaire, que j'avais gardé sous mes vaslcs habits, afin de pouvoir, au besoin, jeter sous une porte mon turban arménien et ma houppelande grecque.
Entrent LE MARQLIS cl LE COMTE.
FMFlu'.Rir.
Je vous réponds que c'est noire brave, celui qui devait nous débarrasser de Théodore.
RICA n no.
Holà! cavalier, un mot. — Est-ce ainsi que l'on lient sa parole entre gens d'honneur? et ne devrait-on pas réaliser plus vite une promesse que l'on a faite si aiiéœcnl?
TRISTAN
Monseigneur...
PRÉnÉRIC.
Nous regardez vous, par hasard, comme vos égaui?
TRISTAN
Ne me condamnez pas sans m entendre. — Je suis déjà entré au service de ce pauvre jeune homme, et bientôt cette main vous l'aura expédié. iMais le tuer ouvcrlcmcnt d'un coup d'épéc serait vous compromettre; et la prudence est un trésor célcslc, — à tel point que les anciens en faisaient la première vertu. Théodore, n'en doutez pas, est un homme mort. Le jour et la nuit il vit retiré dans •on appartement, en proie à la plus noire mélanrolie, comme .s'il pressentait la destinée qui l'allend. Happorlez-vous-cn à moi, et \\r précipitez rien. Je sais où et quand je dois lui donner son compte.
FRF.nÉRIC.
11 me semble, marquis, qu'il a raison. Puisqu'il est entré à son service, c'est déjà quelque chose. Sojcz-en sur, il le tuera.
RICAIinO.
Je n'en doute pas plus que vous.
FnKUFRIC.
Parlons bas.
En attendant, mes chers seigneurs, n'auriez-vous pas sur vous.
JOURNfiE III, SCÈNE IV. 143
par hasard, une cinquantaine d'écus d'or? Je voudrais m'acheter un cheval qui, au jour en question, me serait fort utile.
RICARDO
Les voici, tenez ; et soyez sûr qu'une fois l'affaire terminée, nous TOUS témoignerons bien autrement notre reconnaissance.
TRISTAX.
Je risque ma vie dans l'aventure, mais c'est pour vous, et pour vous je risquerais bien autre chose î Je vous quitte ; je ne voudrais pas que du balcon du palais on me vît causer avec vos seigneuries,
FRÉDÉRIC
Vous êtes de bon sens.
TRISTAN
Vous le verrez bien mieux quand je vous escofierai le jeuse homme.
Il sort.
FRÉDÉRIC
Comme il a l'air intrépide I
RICARDO
Et en même temps il n'est pas sot.
FRÉDÉRIC
li le tuera de la bonne manière.
RICARDO
On ne peut mieux.
Entre CBLIO.
CÉLIO
A-t-on jamais rien vu d'aussi étonnant?
FRÉDÉRIC
Qu'est-ce donc, Célioî où vas-tu? Arrête.
CÉLIO
C'est une aventure des plus étranges, et qui va certainement vew affliger.— Ne voyez-vous pas celte foule qui se porte vers l'hôtel dm comte Ludovic?
KICAllDO.
Est-ce qu'il est mort?
CÉLIO
Non pas ! veuillez m'écouter. On va le féliciter de ce qu'il a heo- Tousement retrouvé un fils qu'il croyait perdu.
RICARDO
Et en quoi cela pourrait-il contrarier nos projets?
CÉLIO
C'est que ce fils est précisément Théodore , le secrétaire de la coml<8se... et comme vous avez tous deux des prétentions de ce côté-là. ..
FRÉDÉRIC
11 Oi'a tout troublé.
<H LE CHIEN DU JARDIiNIER.
RICARDO
Théodore', fils du comte!... Comment donc est-on venu h le mvoir?
CÉLIO
L'histoire on est longue, et on la raconte de tant de manières dit férentcs, que je me défierais de ma mémoira
FRÉDÉRIC
A-t on jamais vu un pareil malheur?
RICARDO
Mon espérance s'est bien vite évanouie.
FRÉDÉRIC
Je veux voir ce qui en est.
RICAROO.
Je vai» avec vous.
CÉLIO
*■ ou» verrez bientôt que je vous ai dit la vérité.
lUtorMst.