SCÈNE V
Un salou cliaz la ComteHe.
Enircnl THÉODORE cl MARCRLLB. .
iia;i;:klle.
Kiifin, Théodore, vous partez?
TIIÉODORK.
A qui la faute? La rivalité entre deui personnes si inégales pouvait elle amener autre chose?
Vous voulez m'abuscr, comme alors que vous faisiez semblant de m'aimerl Vous ne m'aimiez pas, c'était la comtesse que vclre cœur aimait, et il ne vous reste plus désormais que l'espoir de l'oublier.
THÉODORE
Moi! la comtesse!...
MARCELLE
11 n'est plus temps, Théodore, de nier les folles prétentions qui ont amené votre perle, et vous recevez le juste prii de votre lâcheté et de votre audace. De votre lAcholé, puisque la comtesse a pu garder le respect qu'elle se devait. De voire audace, puisque vous osiez prétendre à elle... Heureusement l'honneur a mis entre vos amours une barrière infranchissable, et grâce à lui je suis vengée. Je vous aimais encore, mais la vengeance me fera oublier ma passion; et pour avoir plus de regrets, souvenez-vous que je ne pense plus a vous, que je vous ai banni de mon souvenir.
TUÉODORE.
Voilà bien des folies pour finir par un mariage avec Fabio.
JOURNliE m , SCÈNE V. 148
HARCELLE
C*est VOUS qui l'avez voulu ; c'est votre dédain , votre abandon qui m'y obligent.
Entre FABIO.
FABIO
Théodore ne devant plus rester ici que peu d'instants, vous faites bien, Marcelle, d'en profiter.
THÉODORE
Vous ne pouvez pas être jaloux d'un homme que les mers vont bientôt séparer d'elle.
Décidément, vous partez donc?
THÉODORE
Ne le voyez-vous pas?
FABIO
Voici la comtesse qui vient vous parler.
Entrent LA COMTESSE, DOROTHÉE et A!f ARDA. LA COMT£SSJ£.
Quoiî déjà prêt, Théodore?
rUÉODOHE.
Si j'avais des ailes, madame, je serais aéja bieii Iù&«
LA COMTESSE, à Anardo.
Avez-vous rangé ce que je vous ai dit?
ANARDA.
iout est plié et emballé.
FABIO
11 s'en va tout de bon.
MARCELLE
Et VOUA êtes jaloux.
LA COMTESSE, à ThéodOT9,
Écoutez.
THÉODORE
Je suis à vos ordres.
Vou5 partez, Théodore, et je vous aimel
THÉODORE
Votre cruauté me force à m'éloigner.
LA COMTESSE
Etant qui je suis, que pouvais-je faire
THÉODORE
Vous pleurez î
TLA COMTESSE,
Quelque chose m'est tombé dans les yeux'.
' . ... Me ha cayd»
Aho en los <y<>»' I 13.
THÉODORE
Ist-ce l'amour?
LA COMTESSE
?eut-ôlre. Et maintenant il veut sortir avec mes larmei. TnÉonoKE.
Je pars, madame, je pars ; mais mon cœur reste avec vous, et ivas ne vous apercevrez pas de mon absence; car c'est avec le cœur ipe l'on doit servir une beauté si noble. — Qu'avez-vous à m*orionner encore, puisque je suis tout à vous?
LA COMTESSE
Quel triste jour !
THÉOnORE.
^ pars, madame, je pars ; mais mon cœur reste avec vous.
LA COMTESSE
Vous trouverez parmi vos effets quelques bagatelles que je voui dbnne. Quand vous les verrez, quand vous verrez ces tristes dépouilles * votre victoire, — victoire, hélas! si cruelle ,— dites-vous que liane les a mouillées de ses larmes.— Quel triste jour I
TiléoDOItE.
Je pars, madame ; mais mon cœur reste avec vous.
ANAROA.
Us mourront de chagrin.
DOROTHÉB.
9ue l'amour est difTicile k cacher!
ANARDA.
If ferait mieux de rester. — Regardez oonc; is se sont prit la ■ftin, et l'on dirait qu'ils échangent des anneaux.
DOAOTIlil.
Ia comtesse ressemble un peu au chien du jardinier.
ANARDA.
Elle s'apprivoise un peu tard.
DOROTIléR.
Ou'elle mange donc, ou qu'elle laisse manger les autres. EotreolLE COUTE LUDOVIC et CAMILLE LUDOVIC
r.a joie où je suis et mon ège doivent me faire pardonner, nia- Ame la comtesse, d'entrer aussi librement chez vous
Qu'est-ce donc, seigneur comte?
LUDOVIC
Vous seule, madame, ignorez ce que tout Napies sait à présent. ftfuis un moment (^;l« •« nouvelle s'y est répandue, tout le monde f.':9i pressa il autour de moi sur mon passage, et ce n'est pas satic '• oe«ncf Infini'-s que j'ai pu arriver jusqu'à mon fils.
LA COMTESSE
Quel fils? Je ne comprends pas.
LUDOVIC
Voire seigneurie n'a donc jamais ouï parler de mon histoire?-». Vous ne savez donc pas qu'il y a vingt ans un mien fils, que j'e»voyais à Malte, auprès de son oncle, fut pris par les galères d'ABpacha ?
LA COMTESSE
En efifet... je me rappelle. -Eh bien?
LUDOVIC
Eh bien , le ciel dans sa bonté me fuit retrouver mon fils, apr* mille traverses.
LA COMTESSE
Je suis nattée, comte, que vous m'ayez fait part d'une siheureuc nouvelle, et je vous en félicite.
LUDOVIC
Mais VOUS, madame, vous allez, à votre tour, me rendre ce fihb qui est à votre service sans se douter que je suis son père. — Ahl« sa pauvre mère avait pu voir ce moment!
LA COMTESSE
Quoi! votre fils à mon service!... Serait-ce par hasard Fabiot
LUDOVIC
11 ne se nomme pas Fabio, madame, mais bien Théodore.
LA COMTESSE
Théodore !
LUDOVIC
Oui, madame.
THÉODORE
Qu'en tends-je?
LA COMTESSE
Eh bien, Théodore, approchez, parlez ; — parlez au comte» à votre père.
LUDOVIC
Quoil c'est ce jeune homme?
THÉODORE
Mais, seigneur comte, songez...
LUDOVIC
Eh! mon fils, à quoi songer, si ce n'est à mourir de joie dam toi htàst
LA COMTESSE
Quelle étrange aventure I
Quoi I maaame, Théodore est donc de la plus haute noblessef
THÉODORE
Seigneur, l'émotion m'a troublé à un point... Moi, votre fiW
LUDOVIC
Quand je n'en aurais pas la preuve , il me suffirait Je t« Toir..* C'est ainsi que j'étais à ton âge.
THÉODORE
Pardon, mais je vous en supplie... souiïrei que je vous dise...
LUDOVIC
Ne me dis rien. — Je suis hors de moi. Quelle bonne mine! quel «.ir distingué ! et comme la nature a bien écrit sur ton front la noblesse de ta naissance! Dieu puisse te bénir!... Partons, mon enfant.—Viens avec moi, viens prendre possession de ta maison, viens enGn passer sous ce portique que tu verras surmonté des plus uoblés armoiries de ce royaume.
THÉODORE
J'étais , seigneur , au moment de partir pour l'Espagne; et dèt lors...
LUDOVIC
Pour l'Espagne, dis-tu? — L'Espagne est pour toi dans mes bras.
LA COMTESSE
Je vous en prie, seigneur comte, laissez un moment Théodore ici, afin qu'il se calme, et qu'il puisse aller se présenter chez vous sous un vêtement plus convenable. Je ne voudr.iis pas, d'ailleuri, qu'il sortit de ma maison au milieu de tout ce monde.
LUDOVIC
Vous avex mille fois raison , madame , et je dois céder. Je tous laisse donc mon fils , tout en regrettant de ne pouvoir pas l'emmener avec moi. Mais, je vous en prie, que le jour du moins ne finisse pas sans que je reroie l'unique bien qui me reste.
LA COMTESSE
Je vous le promets.
LUDOVIC , à Théodore.
Adieu , iron enfant.
*• THÉODORE
Je me mets à vos pieds.
LUDOVIC
Camille, i présent la mort peut venir quand elle voudra.