SCÈNE III
One «aile du cbftteao de don Tcllo.
Entrent DON TELLO et FELICIANA.
TELLO
Je ne pourrai donc venir à bout de cette beauté rebellai
FELICIANA.
Tello , ne vous obstinez pas ainsi. Ne voyez-Tous pas qu'elle ne cesse de pleurer? Ne comprenez-vous pas que, — la retenant en quelque sorte prisonnière dans cette tour, — alors m^me qu'elle vous aimerait, vous ne pourriez, par ce traitement, que vous attirer sa haine? Vous êtes sans égard pour elle, et vous voudrici qu'elle vous fût favorable I Vous ne lui montrez que do la rigueur, et vous Toulez qu'elle vous écoute I
TELLO
N'est-ce pas pour moi un malheur et une honte!., me voir rc^ buté, méprisé, moi qui suis dans celte contrée le plus puissant, le plus riche, le plus gc'néreux î
FELICIATTA.
Ehl mon Dieu 1 oubliez-la,— oubliez cette fille et votre fol amour
TELLO
Ahl Feliciana, il vous est bien aisé de parler, à vous qui ne coiy naissez pas l'empire de cette passion.
FELICIANA.
Attendez jusqu'à demain. Je la verrai, je lui parlerai, je tâcherai de l'adoucir.
Ah! ce n'est pas une femme, une créature humaine; c'est un monstre insensible. Autrement elle aurait pitié de ma peine... Écoute ; promets-lui de l'argent, de l'or, des bijoui , tout ce que tu voudras. Promets-lui adroitement un trésor. Promets-lui une robe de Milan toute brodée d'or de la tête aux pieds. Dis-lui que je lui donnerai des terres, des troupeaux, et que si elle était mon égale
FELICIANA.
Est-il possible, mon frère? Est-ce bien vous qui parlez ainsi?
TELLO
Oui, ma sœur, je suis dans une situation affreuse... 11 faut que je meure ou que je la possède. II est temps que, d'une manière ou d'autre, mes tourments aient une fin.
FELICIANA.
Je Vais la trouver de ce pas, bien que je ne compte pas beaucoup sur le succès de ma démarche.
TELLO
Et pourquoi ?
FELICIANA.
Parce que, d'ordinaire, une femme qui a de la vertu ne cède point à de tels intérêts.
TELLO
Va vite, et rends-moi l'espoir. {À part). Mais une fois que j'aurai eu ce que je veux , mon amour fera place au désir de la vengeance.
Ils (ortent.