ACTE I, SCÈNE IV
FERDINAND
Me tuer un si vaillant soldat, lorsqu'il serait entré de bonne foi dans la ville, ce serait renoncer à ma clémence, m'empècher d'écouter désormais aucune prière , et m'obliger à doubler au besoin mes troupes pour prendre Grenade. — 11 est impossible, madame, que le roi more se rende coupable de celte trahison.
ZÉLIX.
Par le prophète Mahomet, que j'adore, il n'y a rien à craindre. On peut me croire, puisque je jure par Mahomet. ISABELLE, riant.
Oui, car il n'irait pas demander l'absolution à Rome. — Eh bien, grand capitaine, je vous laisse libre.
GONZALVE
Je ne pouvais rien demander de plus, et je suis trop heureux. Permettez donc, madame, que j'aille déterminer la reddition de Grenade.
ISABELLE
Prenez bien tos précautions, au moins, et que Dieu yeille sur
TOUSl
GONZALVB.
Avec la proteetion et la vôtre, la réussite est certaine.
FERDINAND
Écoutez attentivement le More, Gonzalve. Il y a toujours profit k tirer de ce que dit un ennemi.
ZÉLIN.
Le roi de Grenade n'aspire qu'à devenir votre ami et votre vassal. Grenade est à vous, n'en doutez pas.
FERDINAND
Dieu le veuille !
GONZALVE
Venez, alcayde. —Votre nom?
ZÉLIN.
Zélin Zayde. — Il convient que vous revêtiez un autre habit, afin qu'on ne vous reconnaisse pas quand vous entrerez par la poterne. Je vous le demande pour moi.
GONZALVE
Eh bien, viens dans ma tente, et nous attendrons là que la nuit nous permette d'entrer dans la ville sans que nous ayons rien à craindre. Je me fie à ton roi.
ZÉLIN.
Et vous avez raison. D'après notre loi , c'est un grand péché que de tuer en trahison ; et surtout l'on verrait avec horreur qu'il vous arrivât mal à vous, que tous les Maures admirent et vénèrent pour vos beaux exploits dignes d'un laurier immortel. En Afrique même tout le monde vous aime, tous les cœurs vous sont soumis, et l'on ne vous appelle que le second Cid. Aussi , veuillez croire, illustre I. ^"
230 LA DÉCOUVERTE DU NOm^EAU MONDE.
Gonzalvc, que Mahomet est disposé à se rendre, et qu'il acceptera louteslcs con<lilions que vouslui ferez, «jourvu qu'elles ne soient point trop dures. Lui et son oncle sont divisés, et cela dotme aux chrétiens un grand avantage sur eux.... L'oncle est accablé par l'âge. Quant au jeune roi, il ne pense qu'aux plaisirs, perdu d'amour pour une Morisque que le ciel dans sa fureur a donnée à Grenade. 11 nous serait impossible de résister. Le roi Ferdinind va achever sa conquête, et l'Kspagne sera enfin délivrée du joug qu'elle a subi si longtemps.
CONZAI.VB.
Ce sera là le plus bel exploit du roi Ferdinand; ce lera le pluf beau titre de gloire de sa glorieuse vie.
ZÉLIN.
Allah lui-même -ft pr(Moncé contre noilk. Il protégé Ferdinand , et lui donnera la victoire.
Il* lortcot.