‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 10 sur 327 · PROCIDA, LORÉDAN, AMÉLIE · texte numérisé non relu

PROCIDA, LORÉDAN, AMÉLIE

Mes bras vous sont ouverts; venez, chère Amélie....

AMÉLIE

Ah! seigneur! ah! mon père!

Où suis-je ? ces accens / D'un transport douloureux font tressaillir mes sens.... Est-ce toi , Conradin , ou ta vivante image? Oui, voilà son regard! c'est son touchant langage;

Cette grâce éclatait sur ses traits imposans,

Quand je l'ai vu mourir à la fleur de ses ans. v

AMÉLIE

Hélas !

LORÉDAN

Vous irritez les tourmens quelle endure. J

C'est toi qui m'as forcé de rouvrir sa blessure.

Je le dois pour guérir ton esprit aveuglé

Des soupçons offensans dont l'amour l'a trouble.

AMÉLIE

% Il me soupçonne , ô Dieu!

a8 LES VÊPRES SICILIENNES.

/*'" Par un récit fidèle

Puisse- je raffermir ta haine qui chancelle! / Puisse une juste horreur te saisir comme moi ,

\ Au nom du meurtrier que tu nommes ton roi ! Écoutez-moi tous deux; à son heure dernière, Conradin m'adressa cette courte prière : t

« Parmi des inhumains j'abandonne ma sœur; « Vivez, qu'à sa jeunesse il reste un, défenseur; « Qu'elle soit votre fille, et qu'un jour l'hyménée « Au sort de Lorédan joigne sa destinée. » Je promis d'obéir ; mais j'enviai la mort Du jeune Frédéric qui partagea son sort. Il s'exilait , mon fils , d'un illustre héritage , Pour combattre à seize ans sous un roi de son âge; f L'échafaud l'attendait , il y monte , et soudain Je vois rouler sa tète aux pieds de Conradin. Votre frère.... Ah ! combien sa douleur fut touchante ! Pressant de son ami la dépouille sanglante, Il lui parlait encor, l'arrosait de ses pleurs: Tu n'es plus , criait-il , c'est pour moi que tu meurs ! Nos vainqueurs attendris l'admiraient en silence; Mais Charles d'un coup d'œil enchaîna leur clémence. Cet enfant qui pleurait redevint un héros, Et son dernier regard fit pâlir les bourreaux.

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