ACTE I, SCENE IL
J'ai voulu m'en défendre, et n'ai rien répondu; Et peut-être Monfort a, dans son espérance, En faveur de ses voeux expliqué mon silence. Je crains....
procida.
Où vous égare un amour soupçonneux?
Pensez- vous qu'Amélie, au mépris de vos nœuds, De son nom , de son rang....?
LOR^DAN
Ah ! ce doute l'offense :
Ma tendresse l'accuse et vole à sa défense; Mais sa douleur me blesse, et , quel qu'en soit l'objet, Je suis jaloux des pleurs qu'il lui coûte en secret. ' Je veux tout éclaircir; je veux la voir, l'entendre : Elle-même en ces lieux près de nous doit se rendre.
procida.
Elle saurait...?
lorédan.
Votre ordre a-t-il dû m'arrêter ?
Parmi vos ennemis fallait-il la compter ? Quand il erra trois ans, privé de sa famille, Un père à son retour craint d'embrasser sa fille!
Qui ! moi? je le craindrais! Non, je te re verrai, Des rois que j'ai perdus reste cher et sacré!
a6 LES VÊPRES SICILIENNES.
Aujourd'hui pour leur cause il se peut que je meure,
Mes bras te presseront avant ma dernière heure.
Respectez ses regrets , ils sont justes , mon fils !
lorédan.
Qui peut les mériter ?
procida.
Son frère et son pays.
Son frère est-il vengé ?
lor^dan.
Dieu! que voulez- vous dire?
Las de courber mon front sous un injuste empire r Si pour le renverser j'osais lever le bras, Que feriez-vous alors?... Vous ne répondez pas?...
LORÉDAN
Expliquez-vous , seigneur.
Je me ferai comprendre.
LOREDAN.
Parlez....
Quand vous serez plus digne dem'entendre.
LORÉDAN
Achevez , hâtez-vous, profitez des momens.... Taperçois la princesse, elle approche à pas lents, Rêveuse et toute entière à sa mélancolie.