‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 116 sur 327 · ACTE in, SCÈNE IV. a3g · texte numérisé non relu

ACTE in, SCÈNE IV. a3g

Ne crois pas que ce cœur, que ta froideur outrage , Ce cœur, qui brûlé encor, se donne tout entier Pour ces restes du tien dont tu le veux payer. Non , c'est trop me celer le lien qui t'arrête ; Un noble hymen t'appelle et la pompe en est prête. Je sais tout par l'objet de tes feux insensés...

IDAHORE.

Vous voulez que je parte et vous la connaissez ?

Cest peu de tant d'attraits dont l'heureux assemblage

Sans doute a dès l'abord emporté votre hommage;

Sa bonté , pardonnez si j'en appelle à vous ,

Prête une grâce auguste à des charmes si doux.

Je l'adore , elle m'aime... Ah! tendresse intrépide !

Elle m'aime , et mon sort n'a rien qui l'intimide.

Orgueil du sang , devoir, elle a tout oublié ;

A l'exil qui m'attend son destin s'est lié ;

Et je n'acceptais donc ce touchant sacrifice ,

Que pour lui préparer un éternel supplice !

Dois-je l'abandonner, ou le soin de ses droits

Doit-il se révolter contre vos justes lois ?

Quoi que mon choix décide , il fait une victime ,

Et mon honneur flottant , que presse un double crime ,

Ne peut par un refus payer votre pardon ,

Ni trahir son amour par ce lâche abandon.

*4o LE PAMA.

ZARÈS

C'est tenir trop long-temps votre choix en balance. Je me rends importun par tant de violence. Je pars , mais satisfait, car je puis vous haïr... Une seconde fois courez donc me trahir; Rejoignez la beauté qui m'a ravi votre âme ; Votre heureux père attend , allez , il vous réclame. Moi , qui n'ai plus de titre et respecte les leurs , J'irai jusqu'où mes pas porteront mes douleurs...

(Reprenant son bâton de voyage. )

Seul et fidèle appui qui reste à ton vieux maître,

Viens, sois mon guide au moins puisqu'il ne veut pasl'ètre.

O forêts d'Orixa, bords sacrés, doux sommets,

Humble toit, qu'il jura de ne quitter jamais,

Mer prochaine, où mes bras instruisaient son courage

A se jouer des flots brisés sur ton rivage ,

Me voici, recevez un père infortuné;

Je reviens mourir seul aux champs où je suis né.

Celui qui me doit tout repousse ma prière ;

Ses mains ont refusé de fermer ma paupière;

( Il dit ces derniers vers en marchant. )

Je n'attends plus de lui pitié ni repentir ; Je le fuis, je le hais... Tu me laisses partir, Idamore ?

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