ACTE III, SCÈNE IV. *3j
Me priver pour toujours de tes embrassemens!
IDAMORE
Ciel ! que vous a-t-on dit ?
ZARÈS
Prouve-moi qu'on m'abuse ; Je te croirai : partons.
IDAMORE
Eh ! le puis- je?
ZARÈS
U refuse !
IDAMORE
Bans quels lieux cherchez-vous cette tranquillité , Ce bonheur mutuel qu'en fuyant j'emportai ! Là, chaque monument de ma première enfance, Me reprochant ma faute , aigrit votre souffrance. Là, tout parle à vos yeux de malheurs trop connus...
ZARÈS
On se plaît au récit des maux qu'on ne sent plus. Allons.
IDAMORE
Ah ! laissez-moi , combattant votre envie , À leur charme funeste arracher votre vie , Avec elle au désert loin de m'ensevelir, Au fond de mon palais laissez-moi l'embellir, Entourer son déclin de plaisirs dont l'ivresse
Écarte les langueurs où s'éteint la vieillesse , Rassembler sur vos pas tous les tributs des arts ; Que leur faste opulent éclate à vos regards. Partagez mes honneurs , jouissez de ma gloire.
ZAïtès.
Après l'avoir perdue, ôte-moi la mémoire, S'il faut que je préfère à mes plaisirs passés Tes faux biens sans attrait pour mes sens émoussés : Que m'importent des arts dont j'ignore l'usage ! Tout leur fa^tp vaut-il ma liberté sauvage ? Par quels spectacles vains crois-tu tenter mes yeux ? Quels trésors me plairaient ? quels honneurs glorieux ? |Mes spectacles à moi sont un ciel sans nuages, i L'immensité des mers , les astres , les orages , ^L'aurore, dont l'éclat va repaître pour moi , Si je puis sur nos monts l'admirer avec toi ; Mes honneurs sont tes soins; , mon unique richesse , C'est toi , c'est le bonheur de te parler sans cesse, De reposer ma tête en te voyant le soir, Et de la relever, mon fils , pour te revoir. Que m'offres-tu ? des jours passés dans la contrainte , A gémir, à t attendre , à te voir avec crainte , Quand la gloire ou l'amour voudront bien par pitié Te céder poyr une heure à ma triste amitié, jfe t'aime avec excès, sois à moi sans partage.