ACTE V, SCÈNE III
Conçois-tu quelle ivresse inondera mes sens , Quand nos échos chéris rediront tes accens ; Quand je verrai la mer réfléchir ton image, Et , moins beau que mon fils , ce palmier du même âge , Qui semblait loin de toi pleurer son frère absent , Se couronner de fleurs en te reconnaissant?
IDAMORE
Je cède à la pitié que son erreur m inspire. Mon père... Je ne puis , et mon courage expire.
ZARÈS
Que dis-tu ? j'ai des droits sur tes chagrins secrets. Tu n'oses dans mon sein répandre tes regrets ? Crains-tu de m'offenser si tu me les confies ? Non , pleurons-les ces biens que tu me sacrifies : Cette jeune beauté qui t'engageait sa foi , Par sa grâce modeste elle est digne de toi.
IDAMORE
Hélas!
ZARÈS
Son amour même à son sort m'intéresse, Et la voir ta compagne eût comblé mon ivresse. Pleurons-la , parlons d'elle et laissons faire au tems. Sans flatter ton orgueil par des nœuds éclatans , Ma tribu peut t'offrir une épouse aussi chère...
a 86 LE PARIA.
Tu me croiras, mon fils, au tombeau de ta mère.
IDAMORE
Ah ! que son souvenir me protège à vos pieds : Dites-moi qu'en son nom mes torts sont oubliés.
ZAR&.
Toi seul tu t'en souviens.
IDAMORE
De ce touchant langage Que vos embrassemens me soient un nouveau gage.
ZARÈS. Il l'embrasse.
Crois-les donc, si ton cœur doute de mes discours.