ACTE I, SCÈNE II
La baronne consent, car c'est une baronne, Et la Tamise enfin soupe avec la Garonne.
GRANVILLK.
Vous aimea donc toujours à conter vos exploits ?
PEMBRO&L*
C'est mon faible. À Bordeaux nous arrivons tous trois.
La maison de ma veuve aussitôt m'est ouverte.
De ses parens, très-jeune , élite a pleuré la perte ,
Et n'a plus qu'une tante, aimable à cinquante ans,
Qui fiit par sa vertu l'exemple de son temps :
J'ai pris , pour les charmer, les façons du grand monde;
Fertile en traits heureux qui sentent la Gironde ,
rétonne les Gascons de mes airs étourdis :
Je ne dis plus goddam , et jure par sandis.
Comme au seul nom d'amour leur fierté s'effarouche,
Enfin le mot d'hymen est sorti de ma bouche.
GRAJJV1LLE.
Dit par un lord, ce mot leur a semblé fort doux?
PEMBROCK.
Les accords sont signés , je lui rends son époux. Je vais donc la former, cette adorable chaîne ! Que n'est-ce dès demain ! Mais ma belle inhumaine Sur mon bonheur futur fait un léger emprunt, Pour accorder huit jours aux mânes du défunt, Lequel , étant Français , toutes les nuits l'obsède ,
*o LES COMEDIENS.
Très- courroucé, dit-on, qu'un Anglais lui succède. Ma veuve , très-jalouse , exige sur ma foi Que pendant tout son deuil je m'enferme chez moi, Et croit, en m'imposant cette triste huitaine, De son pauvre baron consoler l'ame en peine. Elle est femme et timide ; en époux résigné , Chez moi par un serment je me suis consigné.
GRÀNVILLE.
Ce soir, si votre grâce est de près surveillée, On saura...
PEMBROCK.
Je retiens une loge grillée :
Qui diable peut me voir ? Ferai-je une noirceur En manquant de parole à mon prédécesseur ? Je suis , vous le savez , littérateur dans Famé , Et l'amour doit céder quand Apollon réclame. Mais ce monsieur Bernard, qu'on a dû prévenir, Tranchant du grand seigneur tarde bien à venir.
GRANVILLE
Nos messieurs du théâtre ont tous ce privilège ; J'attends depuis une heure un ami de collège, Le Crispin de la troupe.
Eh! mais, par quel hasard Avez-vous donc quitté votre oncle Balthazard ?