‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 155 sur 327 · ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL

D'intendant près de lui vous remplissiez l'office , Et ce fut par vos soins qu'il me rendit service.

GRANVILLE

Il vivait au Mogol en forban retiré, Quand il fut par la mort surpris contre son gré ; La Faculté du lieu le traita , Dieu sait comme ; Us étaient trois docteurs, et pourtant...

PEMBROCK.

Le pauvre homme !

Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ?

GRANVILLE

Qu'il mourût.

Maints convoi teurs de biens se tenaient à l'affût , Et voulaient , dans l'espoir de happer l'héritage , De son dernier soupir s'emparer au passage. Mais un rayon d'en-haut le vint illuminer ; Quoiqu'il fût plus enclin à prendre qu'à donner , Sur son lit de douleur un reste de tendresse , Ranimant ses esprits glacés par la vieillesse , Lui fit signer un acte à ses derniers momens , Qui me semble un chef-d'œuvre en fait de testamens.

PEMBROCK.

Un chef-d'œuvre ! Pourquoi ?

GRANVILLE

Par la raison très-claire

aa LES COMEDIENS.

Qu'il me fait de son bien unique légataire.

PEMBROGK.

Excellente raison!

GRAJTV1LLE.

Je dus, quand j'héritai.

Pour remplir du mourant l'expresse volonté, Afinformer à Bordeaux de sa nièce Lucile , Auprès d'un vieux parent dont elle est la pupille , De l'artiste Bernard , confident par état , Et qui ne risque rien de mourir intestat, Car il n'a pas le sou. Mon oncle , article seize , Me la choisit pour femme , au cas qu'elle me plaise ; Sinon , de la doter il m'impose la loi. Pouvais-je de son or faire un meilleur emploi? Échappé pour Lucile aux fureurs de Neptune, rapportais à ses pieds mon cœur et ma fortune ; J'apprends , pour mes amours funeste pronostic , Qu'elle fait par son jeu les beaux jours du public. Enfin , moi son futur, hier je ne l'ai vue Qu'en payant au bureau ma première entrevue.

pembrock.

Comment la trouvez-vous ?

GRANV1LLE.

L'aimable objet , morbleu !

Que d'esprit , de candeur ! quel naturel ! quel feu !

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