‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 159 sur 327 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

BELROSE , avec effusion.

Je le revoi , Cet excellent ami; va, je pensais à toi. En lisant ton billet j'ai pleuré de tendresse.

GRANVILLE

Je te crois; sois prudent.

BELROSE , bas.

J'approuve ton adresse.

Je puis te découvrir d'effroyables abus , Si tu veux à Paris protéger mes débuts.

GRANVILLE

Soit; mais tu vas tout dire.

Àh! qu'à cela ne tienne!

GRANVILLE, à part.

Voyons s'il pousse loin la chanté chrétienne.

BELROSE.

Tous les emplois sont nuls , hors celui des valets.

GRANVILLE

Que tu tiens ?

BELROSE.

J'ose dire avec quelque succès.

Nos affaires vont mal; parmi nous, comme à Rome, Alors pour dictateur on choisit un grand homme, Et Floridore, élu dans ce besoin urgent,

Est chef d'un comité qu'on nomme dirigeant. De ce Conseil des Cinq ton serviteur est membre , Et gouverne l'état d'avril jusqu'en septembre. Floridore a du sens , des lumières , du goût ; Il a tout , il sait tout , il se vante de tout. Fièrement retranché dans sa froide importance, Il vous parle toujours à dix pieds de distance, Arrange son maintien , calcule un geste , un mot : Voilà son beau côté; du reste, c'est un sot.

GRAÎTVILIJE.

Ce début-là promet.

BELROSE.

Oh! pour madame Estelle....

GRANVILLE

Je ne la connais pas.

La chose est naturelle; Elle obtint par faveur un congé de deux mois, Qu'un arrêt du conseil prorogea jusqu'à trois. Elle rentre ce soir; soubrette du théâtre,

Elle aspire aux bravos du parterre idolâtre. C'est peu : vive en intrigue et coquette à l'excès , Elle aime tous les arts , poursuit tous les succès , Protège les auteurs , arrange les querelles , Rend visite aux journaux pour les pièces nouvelles.

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