‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 176 sur 327 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

LDCILE.

Bon!

VICTOR

Il veut m'avilir.

LUCILE

Lui!

VICTOR

Me déshonorer.

LUCILE

Allons !

Jusqu'à l'intrigue il veut que je descende , De ma carte aux journaux que je porte l'offrande.

LUCILE

Nos actions souvent démentent nos conseils : Jamais 9 s'il eût suivi des préceptes pareils , L'emploi des confidens n'eût borné sa carrière ; * Il serait riche , heureux , il aurait part entière : Mais , comme des journaux il ne fut pas prôné, Le premier débutant Ta toujours détrôné.

VICTOR

C'est peu , sur votre sort sa prudence inquiète Mêle à mon espérance une terreur secrète. Si notre hymen pour vous n'était pas fortuné ! De cet astre ennemi sous lequel je suis né

Si vous sentiez un jour la fatale influence! Que puis- je vous offrir? à peine de l'aisance. Votre amant envers vous ne saurait s'acquitter. Vous rendra-t-il jamais ce qu'il vous fait quitter? Vous verrai-je, à vingt ans, renoncer sans tristesse À ces brillans plaisirs qui vous cherchent sans cesse, A l'encens d'une cour, aux vœux de tant d'amans , A ce bruit si flatteur des applaudissemens ?

lucile.

Je l'avoûrai tout bas , j'aime qu'on m'applaudisse : De quel prix vous payez ce léger sacrifice! Je vous devrai ce bien que j'ai tant regretté , D'un sort indépendant la douce obscurité, Un titre, le bonheur dont jouit une mère, Qui vaut bien des bravos la trompeuse chimère.

VICTOR

Mon aimable Lucile!

Et qu'il me sera doux D'aller vous applaudir, d'être fière de vous !

VICTOR

Non, il n'est point d'ennui, de chagrin si farouche, Que ne puisse adoucir un mot de votre bouche. Mais ne nous flattons pas d'un trop charmant espoir.

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