‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 175 sur 327 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Et, gardant pour le vice une juste fureur, Des travers de l'esprit se moquent sans aigreur. Je rends trop de justice à ces rares mérites, Pour les importuner de mes lâches visites. Si je cueille un laurier par la gloire avoué , Je ne connaîtrai point celui qui m'a loué. Au moins, je pourrai dire : Il écrit ce qu'il pense. Est-il quelques chagrins que ce mot ne compense, Qu'il ne fasse oublier, qu'il ne change en plaisirs? Tel est le but constant qu'embrassent mes désirs : Inestimable bien, honneur digne d'envie, Que je paîrai trop peu du repos de ma vie.

BERNARD

J'aime ces sentimens , ils sont beaux; mais enfin , Avec beaucoup d'honneur on peut mourir de faim.i/ Lucile est mon trésor , mon espoir, ma famille; Moins tendrement , peut-être , un père aime sa fille. Vous voulez nous ravir cet excellent sujet : Bien que dans un mari j'approuve ce projet, Je veux que mon enfant vive , ne vous déplaise, Sinon dans l'opulence , au moins fort à son aise. Puisque vous tenez tant à ce chien de métier, Ayez donc un succès, un succès plein, entier, Que prône le public et le journal lui-même. Autrement point d'hymen : c'est là ma loi suprême.

Je retourne à mon poste, où sans doute on m'attend.

(A Lucile qui entre.)

Ah! viens, de ton Victor je ne suis pas content; Il exagère tout. C'est à toi, ma Lucile, De fléchir, s'il se peut, cet esprit indocile. Je te laisse avec lui.

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